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Amar & Isabelle Guillen - Guillenphoto.com - Faites ce que je dis, pas ce que je fais!!!! Une plongée qui aurait pu mal finir

Faites ce que je dis, pas ce que je fais!!!! Une plongée qui aurait pu mal finir

Bonaire. Caraïbes.
Nous décidons d'aller faire peut être la plus belle plongée de l'île de Bonaire. C'est une épave située au nord de l'île : le Nindjammer. Nous sommes venus à Bonaire pour elle. Elle n'est pas balisée. C'est une plongée du bord mais il faut connaitre les répères. Nous avons mis 3 jours à connaitre les coordonnées exactes de l'épave. 8 heures du matin, le soleil commence à se lever. Nous avons fait une excellente nuit et la journée s'annonce belle. Nous arrivons sur le site : comme d'habitude nous sommes seuls. Nous prenons notre temps : chacun de nous vérifie l'équipement de l'autre. Le matériel photo et vidéo est vérifié pour la troisième fois. La plongée n'est pas exceptionnelle par sa profondeur mais elle dépasse 60 mètres et nous plongeons à l'air. A partir de ces profondeurs, il vaut mieux tout vérifier plusieurs fois. C'est une plongée courte et pas question de la manquer. D'autant plus que nous ne pouvons la faire qu'une fois par jour. Le profil de plongée sera le suivant : descente à pic sur l'épave, 17 minutes max pour le temps de plongée, 6 minutes pour remonter, 25 minutes de palier (le premier débutera à 6 mètres). Nous partons chacun avec 230 bars dans le bloc de 12 litres en alu. A l'arrivée il devrait rester 30 bars pour moi (je suis le plus consommateur des 2). Pour cette première plongée, nous ne ferons qu'une reconnaissance : juste le tour. Pas question de rentrer à l'intérieur. Nous voudrions avoir une idée générale de la "bête". On sait qu'elle énorme et complétement colonisée : on veut voir d'abord...
Nous nous mettons à l'eau : 29 degrés, le soleil est parfait. Les photos et la vidéo seront faciles. Pas de courant, la visibilité est de 40 mètres. Nage en caplé sur 300 mètres pour bien se positionner avec les indications que nous avons eu. La tête est sous l'eau. Nous sommes hapés par le grand bleu. C'est beau et magique. La descente est accompagnée par des carangues, nous n'avons pas le temps de photographier : l'objectif, c'est l'épave. Arrivés à 35 mètres de fond, nous l'apercevons. Grande, une masse de métal posée sur le fond. Les éponges sont gigantesques, le corail a complétement envahie l'épave. On aperçoit des baraccudas solitaires. C'est un choc. Elle est encore plus belle que ce que l'on pensait. Je prépare l'appareil photo, ouvre le phare. Zaza prépare la caméra. Nous sommes à 50 mètres. Les premiers effets de la narcose se font sentir. Quelques secondes d'arrêt pour s'adapter. Dès que l'esprit est un peu plus clair, on continue la descente. On part main gauche pour débuter le tour. Nous n'avons jamais vu un tel monstre : la coque est encore en parfait état. Les éponges sont muticolores, les coraux magnifiques. C'est un spectacle rare : uniquement pour nous deux. C'est un de ces moments carrément magiques qui font dire que la plongée et la vie valent vraiment le coup. On se regarde. On est bien. Le cinémascope pour nous seuls. Nous commençons le tour. Nous arrivons sur l'avant. Superbe avec tous les coraux. Le bateau devait avoir fier allure. Nous passons devant le pont et on aperçoit les cales, profondes. Des baraccudas et des tarpons montent la garde. Nous viendrons vous déranger une autre fois...
Deux vigies reposent sur le sable. Complétement prises d'assaut par les coraux. Quelques photos. Pas facile de se stabiliser. L'appareil a besoin de plus de 1 seconde pour la photo : 100 watts de phare à ces profondeurs, c'est vraiment trop juste. Isabelle filme. Elle rencontre le même problème. Elle me fait signe que les vues d'ensemble sont impossibles. Elle se rapproche pour filmer du détail. 13 minutes déjà de plongée, les paliers commencent à s'afficher. Ma consommation est normale. J'essaie de respirer doucement pour limiter mais bon, une grande carcasse, ça consomme.
Nous arrivons sur l'hélice. 17 minutes à l'ordinateur. 23 minutes de palier. Il me reste 90 bars pour la remontée et les paliers. Il faut y aller.
Isabelle me fait signe de lui faire un gros sourire devant la caméra. Bon allez, je ne resiste pas. Le temps de se stabiliser, de cadrer, de mettre au point, de filmer : 2 minutes sont passées. Je regarde le mano : 65 bars. Je regarde l'ordinateur : 38 minutes de palier et le premier commence à 12 mètres. Là, je suis mal. Je fais signe à Zaza, on commence la remontée à 10 mètres par minute. J'ai beau calculer dans tous les sens, je n'aurai pas assez d'air pour finir la plongée. Arrivés au palier de 12 mètres, petit signe à Zaza pour lui dire que je vais manquer d'air. Ok, on nage en faisant les paliers pour se rapprocher de la zone des 3 mètres et surtout du point de sortie où la voiture est garée : on ne sait jamais, s'il faut se précipiter au caisson.Les minutes s'égrennent, les paliers s'enchainent inexorablement. On ne bouge pour que j'économise mon air au maximum. On fait les calculs de conso avec ce qui reste dans la bouteille d'Isabelle : ce sera tout juste. Nous ne sommes pas sûrs d'y arriver. Bon allez calmons nous; restons zen pour économiser l'air. Pas la peine de se stresser pour consommer encore plus.
Il reste encore 13 minutes de palier à 3 mètres : ça y est, je n'ai plus d'air. Zaza me donne son détendeur de secours. Nous sommes scotchés à un rocher pour économiser l'énergie. Ce sont des minutes longues, longues. Nous regardons le mano descendre inexorablement vers 0. Arrivé à 0 bars, on sent que la respiration est difficile; nous regardons l'ordinateur : c'est fini, les 2 traits caractéristiques de la fin des paliers sont affichés. Ouf, nous remontons.
Arrivés à la surface, nous nous regardons. Pas un mot, on se met sur le dos pour un retour en capelé vers la voiture. Le soleil est haut dans le ciel, la température monte peu à peu. Nous sommes à nouveau sereins et calmes. C'était beau. On se laisse bercer par les vagues qui nous ramènent vers le bord. Malgré toutes les précautions et les calculs, nous avons commis une bêtise qui aura pu être irréparable. Cette fois ci, tout s'est bien terminé. Nous en avons reparlé que quelques heures après, autour d'un bon café. Nous sommes intraitables avec nos élèves, la prochaine fois, nous le serons avec nous mêmes. Nous sommes comme qui disent "faites ce que je dis, pas ce que je fais". Pourtant lors des cours de plongées techniqueq nous n'arrêtons pas de dire "Respecter le profil de plongée défini au départ. N'en sortez jamaisssssssss"'. Et là, nous avons dévié de la sacro sainte règle. En croquant dans un gâteau local, je finis quand même par plaisanter "En plongée, on a toujours besoin d'un plus petit que soi qui ne consomme pas" (1,65 m pour 46 kg!!!!). Zaza n'a pas vraiment envie de rire. Mais le sourire revient peu à peu. La détente s'installe. Nous sommes au soleil; dans une région complétement perdue. Restons optimiste : la vie est belle, nous sommes en bonne santé, nous avons eu notre dose d'adrénaline. Et puis, comme c'était beau. Mieux que l'IMAX. Rien que pour nous deux!!!!

Nous pensons déjà à la prochaine plongée. Ce sera le Nindjammer. Juste 50 mètres pour rester sur l'hélice. Et ce coup ci : 15 minutes, pas plus...La vie est belle. Notre bonne étoile est toujours avec nous.