Article publié le vendredi 10 octobre 2014. Écrit par

L’affût, une excellente méthode pour photographier le brame du cerf

En photo animalière la chance est un facteur prépondérant

Au cours d’un stage photo animalière consacré au brame du cerf, j’accompagnais un stagiaire sur le terrain pour lui expliquer la technique de l’affût. Je m’attendais à voir les premiers animaux au bout d’une heure.  La chance a décidé de nous sourire. Dix minutes après s’être installés, une harde est arrivée. La brume était présente. Tout était réuni pour créer de belles photos. Mais l'impatience d'un photographe a failli nous faire rentrer bredouille.

Une harde de cerfs dans la brume pendant le brame en Charente-Maritime. Nos déclenchements ont alerté le maitre de place et la biche meneuse.
Une harde de cerfs dans la brume pendant le brame en Charente-Maritime. Nos déclenchements ont alerté le maitre de place et la biche meneuse.

Ce jour-là, l’affût a été le meilleur choix

Ce fameux jour de septembre, j’avais choisi de partir très tôt pour accompagner le stagiaire sur le terrain. La veille nous avions eu de la brume. Nous devions partir avant que le jour ne se lève pour se mettre en place. Lorsque nous sommes arrivés sur le terrain, il faisait encore sombre et  la brume nous masquait en partie. J’avais opté pour un affût naturel dans les fougères.

Habituellement, je ne prends pas de matériel lorsque j’accompagne les participants à un voyage photo sur le terrain mais lorsque nous réalisons un affût, je suis aussi équipé. Cette fois, j’avais choisi un 500mm et le trépied.

La veille lors d’une reconnaissance, j’avais repéré une zone de passage située entre deux bois. Les traces étaient nombreuses et les excréments montraient clairement que les cerfs venaient y paitre. J’avais aussi repéré un placement possible pour un affût.

Choisir le bon emplacement pour un affût n’est jamais facile. Il doit tout d’abord nous rendre invisible aux animaux que nous allons photographier. Seules les lentilles frontales des objectifs doivent être visibles. Ce sont déjà des éléments incongrus dans un environnement naturel. Ensuite, le bruit au moment du déclenchement des appareils viendront aussi perturber l’environnement sonore des cerfs et des biches. Il ne vaut mieux pas ajouter la présence humaine.

Ensuite, l’affût doit permettre de construire une scène pour créer une photographie intéressante. Le photographe doit prendre en compte l’arrière-plan, la lumière et bien d’autres paramètres. Nous rendre invisible à la vue des animaux est une condition nécessaire mais non suffisante pour créer un cliché de qualité.

Après avoir expliqué et répété les principales fonctions d’un bon affût,  nous nous sommes  postés à cinq mètres l’un de l’autre. Seuls les objectifs dépassaient de la végétation haute d’un mètre. Nous étions assis sur nos tabourets. Nous entendions bramer au loin. J’étais certain que nous allions attendre quelques heures. Comme toujours dans ces cas-là, nous avions forcé la chance et elle nous a souris. Une harde composée d’un maître de place, d’une meneuse, de deux jeunes biches et d’un faon de l’année se sont présentés à moins de 50 mètres devant nous.

L’impatience est un défaut des photographes

J’avais prévenu mon partenaire qu’il ne faut surtout pas déclencher aussitôt que des animaux arrivent. En effet, il faut leur laisser le temps de s’habituer à l’environnement. Ils commencent par regarder si aucun danger ne les menace, puis ils se mettent à brouter. Si le cerf est accompagnée par une harde, il faut surtout surveiller la biche guetteuse qui comme son nom l’indique faite le guet. En cas de danger, elle aboie pour alerter la harde. C’est ensuite la biche meneuse qui donne le départ de la fuite. Elle choisit aussi la direction à prendre.

En général, nous laissons passer 2 à 3 minutes avant de déclencher une première fois. Quand on photographie pour la première fois un brame à l’affût, l’excitation est telle que le photographe ne peut pas résister. La peur de ne pas ramener une belle photo est plus fort que tout. Ce sentiment l’emporte sur le bon sens qui recommande d’être patient. Nous sommes tous passés par cette étape. L’expérience nous enseigne que la patience, même en situation est l’un des atouts d’un bon photographe animalier en Europe.

Je suis en train de regarder la scène dans le viseur en attendant que le cerf et les biches se décontractent lorsque j’entends une rafale de 5 déclenchements partir sur ma droite. Déjà qu’un déclenchement fait du bruit, mais la rafale est comme un coup de tonnerre dans ce petit matin calme où le silence est absolu.

Tant pis il est trop tard. La guetteuse a aboyé. Les cinq animaux relèvent la tête et regardent dans notre direction. Nos lentilles frontales sont un élément anormal pour eux. La première phase de la méfiance s’installe.

J’entends une autre rafale. Cette fois, le doute n’est plus permis. Nous représentons un phénomène incongru dans ce sous-bois couvert de fougères. Je déclenche une fois. Je ne peux pas laisser échapper cette scène. Je sens que la harde va fuir rapidement. Je ne me suis pas trompé, la biche meneuse donne le départ. Le reste de la harde suit.

Je regarde sur ma droite. Le stagiaire est désolé. Il a compris son erreur. Il sait qu’il a pris de bons clichés mais s’il avait attendu un peu, ils auraient certainement été encore meilleurs.

L’apprentissage de la photo animalière nécessite du temps et de la patience

La morale de cette histoire que tous les photographes débutants en photo animalière sont toujours impatients. Nous sommes tous passés par cette phase. C’était vraiment dommage car avoir un maître de place accompagné par une harde avec un fan de l’année est une scène assez rare. De plus nous avions la brume qui donnait un aspect surnaturel à la scène.  Mais lorsque j’ai vu les photos réalisées par le stagiaire, j’étais vraiment content car elles étaient magnifiques. Les cadrages et le choix des compositions étaient excellents.

Mais je crois qu’il a retenu le plus important : la patience est un atout du photographe animalier européen. Je suis certain que dorénavant, il y pensera chaque fois.

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Amar Guillen. Artiste photographe professionnel de la nature.

Amar Guillen est un artiste photographe. Ses œuvres sont spécialisées en photographie sous-marine, animalière et de paysages. Son aventure photographique commence en 1987 alors qu’il prépare un diplôme d’ingénieur en informatique. Les spectacles visuels que leur offrent à la fois les paysages somptueux qui l’entourent, et la faune qui les peuplent, constituent son éternelle source d’inspiration. Cela l’a amené à se consacrer entièrement à sa carrière professionnelle photographique afin de partager son interprétation contemplative et artistique de la nature. Il photographie des paysages naturels terrestres et sous-marins ainsi que les créatures qui s’y déploient, depuis ces 15 dernières années, animé par les mystères infinis que cache la nature.

Par le regard photographique qu’il pose sur la nature, il s’efforce de mettre en lumière l’importance de sa conservation. Amar vit et expose entre la France et les États-Unis dont la faune, les paysages et les cultures nourrissent ses œuvres, et a publié plusieurs ouvrages dont « Lumières et Couleurs de la côte de la Charente-Maritime », « Reflets de la Haute-Saintonge », mais également « Les Secrets de la photo sous-marine ».

  1. Commentaires (2)

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Bonjour,

Merci pour cette chronique si bien écrite ! Question : où ont été pris les clichés en Charente-Maritime ? Mon conjoint et moi prenons nos clichés dans la Forêt de la Coubre mais nous ne sommes pas encore parvenus à de telles photos pendant le brame (manque de plaines dégagées dans cette forêt).

Merci d'avance pour votre réponse !

Mathilde

Mathilde BK
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Cette photographie a été prise dans le sud de la Charente-Maritime non loin de Saint-Genis de Saintonge.
En ce qui concerne la forêt de la Coubre, il y a de belles prairies très bien dégagées mais elles ne sont pas dans le domaine public. Lorsque je réalise mes photos, je dois demander l'autorisation aux propriétaires.

Amar Guillen
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