La belle rencontre avec un cerf lors du brame du cerf

Avez-vous déjà eu la chance d’observer à quelques mètres de vous un cerf en milieu naturel pendant le brame ?

J’ai vécu cette histoire durant le mois de septembre 2021. Le brame venait de débuter. Cette rencontre avec un cerf solitaire a duré plusieurs minutes. Ce fut 4 minutes de bonheur et de joie intense.

Cela fait maintenant 10 ans que je photographie le brame du cerf chaque année. C’est une époque de l’année que j’attends avec impatience et gourmandise. Ces moments intenses que j’ai vécus resteront gravés à jamais dans ma mémoire.

Outre l’histoire que je vais raconter, cet article a surtout comme but de vous montrer que l’affût fixe est certainement le meilleur moyen de réaliser des photos animalières de mammifères qui soient différentes et intéressantes.

Cerf en bois sec pendant le brame du cerf. Photographie en noir et blanc par Amar Guillen, artiste photographe
Je n'ai conservé que cette photo de ma rencontre avec ce cerf pendant le brame. Elle est la plus juste pour illustrer ce que j'ai ressenti.

L’histoire

Septembre 2021. Il est 6 heures du matin. La nuit est noire. Je connais bien le terrain, car je l’ai repéré pendant deux jours. Je marche depuis 15 minutes à travers les bois. Mon but est d’atteindre une prairie qui est une place de brame.

La nuit est calme. J’entends quelques cerfs bramer au loin. Mais aucun cerf ne brame à l’endroit vers lequel je me dirige.

Plus je m’approche de la place de brame, plus je ralentis mon allure pour marcher à la vitesse du chêne qui pousse. Sous mes pieds je sens parfois un gland. Je fais alors un pas de côté. Pas question d’alerter un potentiel cerf ou pire une biche. La nuit, même si ces cervidés sont capables de voir des formes, c’est surtout l’ouïe qui est en alerte. Ils peuvent détecter un bruit inhabituel à plus de 300 mètres. J’en en déjà fait l’expérience.

Ils ne se sauvent pas, mais ils sont en alerte. Ils surveillent attentivement l’endroit où le bruit a été détecté. S’ils aperçoivent une forme humaine, c’est la fuite vers un endroit plus sûr.

Si c’est une harde, c’est la guetteuse qui donnera le signal en aboyant. La meneuse fera le reste en emmenant la harde dans la direction qu’elle aura choisie. Si c’est un cerf seul, il s’enfuira sans un bruit.

J’arrive enfin à l’orée du bois. La prairie est devant moi. Je n’entends absolument aucun bruit. La nuit est paisible. Une chouette hulule au loin. Peut-être y avait-il un cerf qui s’est enfui. Je ne saurai jamais. Tant pis. Je vais installer mon affût et attendre.

Faire un affût pendant de longues heures est un véritable plaisir pour moi. J’entends le monde diurne s’éveiller peu à peu. Je découvre les oiseaux qui piaillent. J’admire les toiles d’araignée construites pendant la nuit et qui brillent quand le soleil se lève. Contempler la nature est un acte extraordinairement reposant. J’oublie tout. Le bruit des hommes est oublié pour quelques heures. Si vous avez déjà connu ces moments, vous savez certainement de quoi je parle. Si vous n’avez jamais éprouvé ces sensations, essayez de vous installer en forêt par un petit matin brumeux. Vous comprendrez ce que je ressens.

Pour cet affût, j’ai choisi de m’installer avec un roncier dans le dos. Je suis sous le vent. La température est de 8 degrés Celsius. Sous ma cagoule de camouflage, je sens le vent frais qui s’engouffre. Je suis bien couvert. A cette époque de l’année, je mets des gants. J’utilise aussi le système des trois couches pour mes vêtements. Je suis paré pour plusieurs heures d’attente.

Le soleil se lèvera dans mon dos. Les conditions sont optimales. Avec un vent de face venant de l’ouest, les animaux ne sentiront pas mon odeur. Avec le soleil dans le dos, ils ne me verront pas facilement. Cela fait 3 jours que j’attends la conjonction de tous ces éléments. Je suis impatient. Pourvu qu’un cerf daigne faire une apparition.

Lorsque je choisis une place d’affût, je sais que l’endroit possède du potentiel. En l’occurrence, je sais que cette prairie est une place de brame. J’ai déjà eu l’occasion d’observer avec une paire de jumelles une harde avec un beau mâle et quelques biches. Je sais que des cerfs satellites essaient de conquérir quelques femelles en les arrachant au maître de place. C’est un beau spectacle.

Habituellement, quand je fais un affût j’utilise une tente équipée d’une chaise. Cette fois, j’ai choisi le fantôme des bois. J’ai voulu être équipé léger. En effet, la tente est assez lourde. La marche était longue. Je n’ai pas voulu m’embarrasser. J’aime beaucoup le fantôme des bois. Il me permet d’avoir un angle de prise de vue plus large que ma petite tente. Je perds en confort, mais je suis plus polyvalent.

J’installe mon siège, mon trépied. Je mets en place mon appareil photo. Mon objectif est un 500 mm. J’ai toujours un boitier reflex. J’utilise une moufle antibruit pour atténuer le son émis au moment du déclenchement. Même avec cette accessoire et même si j’utilise le mode silencieux de mon boitier, les cerfs détectent toujours ma présence à cause du bruit. Les appareils hybrides sont une véritable avancée, car ils ne font pas de bruit. Au moment où je rédige cet arbre, le fabricant Nikon n’a toujours pas mis sur le marché un appareil hybride qui soit à la hauteur de ceux de ses concurrents.

Je mets en place ensuite mon fantôme des bois. J’ai choisi le modèle d’été. Le matin, il laisse passer le froid, mais à cette époque de l’année, quand le soleil se lève, la température devient assez agréable. Si j’utilisais mon fantôme des bois d’hiver, la température serait difficile à supporter en milieu de matinée.

Après les quelques minutes de préparation, je me glisse sous mon fantôme des bois. Je m’assois. Mon siège n’est pas aussi confortable que celui qui est attaché à ma tente. Il n’a pas de dossier. Mais je ne regrette pas ce choix. J’aurai plus de latitude si un cerf fait une apparition dans la prairie.

Il est 6h25 du matin. La nuit est toujours noire. Il n’y a pas de lune. L’attente commence. Je scrute la prairie à travers le filet. J’essaie d’apercevoir une forme. Mais apparemment, aucun cerf n’est présent aujourd’hui. Je vais attendre. La patience est une qualité de tout photographe animalier.

Que peut-on faire quand on est à l’affût ? La réponse est simple : attendre et penser. Les minutes, les heures s’écoulent doucement. On peut mesure le temps qui passe.

Il est 8h15. Le jour se lève. Les premiers rayons de soleil font leur apparition. La prairie est vide. Je pensais qu’un cerf allait venir sur ma droite. Mais rien.

9h02. J’ai pris mon mal en patience. Les lumières sont encore belles. Je décide de rester encore une heure avant de ranger mes affaires.

Soudain, en bas et à gauche de la prairie, j’entends un cerf bramer. Je suis un peu engourdi par le froid matinal, mais ce cri me redonne l’espoir. Je sens que mes sens sont en alerte. Je mets mon œil contre l’œilleton de mon appareil photo. Le cerf est à environ 150 mètres sur ma gauche. Il est en contre bas. Il est très mal placé. Il est penaud. Il avance doucement en bramant. Je suis un peu dépité, car je ne l’attendais pas à cet endroit. Malgré tout, je prends quelques photos. Je me défoule.

Je me dis qu’avec un peu de chance, il va venir vers moi ou alors se diriger sur ma droite. Il sera alors à ma hauteur. Je pourrai peut-être réaliser une bonne photo. L’espoir fait vivre.

Il continue d’avancer. C’est un 16 cors. Il est magnifique. Je ne comprends pas qu’un tel mâle n’a pas réussi à conquérir le cœur de quelques biches. Il a dû trouver sur son chemin des jeunes plus vaillants au combat. Je commence à réaliser qu’il se dirige vers moi. C’est absolument incroyable. Je suis excité. Je réalise aussi que je n’ai pas bien choisi ma place. J’ai des ronciers dans mon champ de vision. Je ne pensais jamais qu’il serait apparu sur ma gauche. J’ai tout misé sur ma droite.

Il continue d’approcher. Il est beau. Il a la tête basse. Je déclenche deux ou trois fois. Bientôt, il occupe une bonne partie de mon viseur. Je n’ose pas relever la tête, car je ne veux faire bouger mon fantôme des bois. La vue des cervidés est très aiguisée. Le moindre mouvement suspect peut les faire fuir.

Il doit être à moins de 25 mètres. Je déclenche une première fois. Il a entendu le bruit de l’appareil. Il relève la tête. Ses oreilles sont dirigées dans ma direction. Il est en alerte maximale. J’attends quelques secondes pour déclencher. Je ne veux pas qu’il s’enfuit.

C’est un 16 cors de toute beauté. Il est fier, élégant, puissant. Il me toise. Ile ne sait pas à quoi il a affaire. Les cervidés ont une excellente mémoire photographique. Ils savent repérer quelque chose d’inhabituel dans leur environnement. Il me toise. J’attends. Nous restons plus d’une minute à nous regarder. Lui et moi, nous pouvons être patients.

Ce n’est pas la peine que je déclenche. Il a juste un roncier derrière lui. La photo ne sera pas intéressante. Soudain, il décide de partir sur sa droite. Je bouge légèrement mon appareil. Ce mouvement ne lui échappe pas. Il est vraiment tendu et inquiet. Je me rends compte que la zone de l’arrière-plan est maintenant bien dégagée. Il n’y a plus de roncier. Tant pis, pour le bruit. Je déclenche 2 fois. Le bruit et le mouvement précédent l’ont vraiment rendu méfiant. Il décide de partir.

C’est fini. Il n’est plus dans mon champ de vision. J’ai réalisé deux belles photos. Il est rare que je réalise des photos d’aussi près avec mon 500mm. La rencontre aura duré 4 minutes. L’intensité aura été forte. Je sens mon cœur qui bat la chamade. Je suis heureux.

Les photos suivantes montrent la séquence depuis le moment du premier brame jusqu’à la photo finale. Elles sont issues de mon appareil photo. Elles sont brutes.

La dernière photo est celle que j’ai sélectionnée et développée.

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