Article publié le dimanche 29 juin 2014. Écrit par

La quête photographique de la flèche bleue : le martin pêcheur d’Europe

Martin pêcheur d'Europe posé sur une branche dans la Dombes en France
Martin pêcheur d'Europe posé sur une branche dans un étang de la Dombes.

Lors d’une promenade près d’un étang ou d’un cours d’eau, la plupart d’entre nous ont déjà vu une flèche bleue passée à toute vitesse en poussant un cri strident « tchiii » très caractéristique. Si vous vous êtes demandé ce que c’était, eh bien il s’agissait simplement d’un martin pêcheur d’Europe. C’est l’un des oiseaux les plus fascinants des zones humides en France. Après deux ans d’attente et d’espoirs déçus, nous avons eu la chance de photographier deux oiseaux en même temps à quelques centaines de mètres de distance. Un miracle comme seule la nature sait en offrir quand on sait attendre.

La quête du graal pour ce passereau des zones humides

Depuis des années, nous sommes passionnés par les beautés de la nature et en particulier les zones humides qui regorgent de trésors cachés en termes de faune animalière. Deux oiseaux des zones humides en France nous ont toujours fascinés : le héron pourpré et le martin pêcheur d’Europe. Nous aimons leurs couleurs particulières, leurs comportements et leurs vols. Nous avons dépensé une énergie et des dizaines d’heures à vouloir réaliser de belles photos de ces oiseaux. Notre quête pour le héron a été couronnée de succès à plusieurs reprises. Le martin pêcheur d’Europe restait pour nous le graal.

Le territoire d’un martin pêcheur peut être très vaste. C’est un oiseau est très territorial et il emprunte toujours les mêmes chemins pour aller pêcher et revenir à son nid.  Le seul problème est que son territoire est immense et que les chemins sont assez nombreux.

Pour le photographier, il faut repérer un cours d’eau ou un étang qui doivent être très propres. Le martin pêcheur est un excellent indicateur de l’état de l’eau. On ne le trouve jamais près d’une zone polluée. Le premier indice est le cri de l’oiseau en vol : le fameux « tchiii ». Il est très particulier et permet d’identifier facilement l’espèce. Une fois que le territoire de l’oiseau est repéré, commence alors le long travail à la jumelle : il faut repérer les branches sur lesquelles il se pose pour attraper ses proies. En général, elles sont assez hautes car le martin pêcheur a besoin d’une certaine vitesse pour entre dans l’eau. Si la branche est trop basse, il devra voler vers le haut avant de plonger.

Une fois que la ou les branches ont été trouvées, il suffit de placer son affût à bonne distance pour ne pas effrayer l’oiseau. Nous avons constaté qu’un changement dans l’environnement fait que le martin pêcheur devient méfiant et n’emprunte plus le même chemin. Nous en avons fait l’expérience.

En 2013, nous avons fait des affûts pendant une semaine près d’un étang. Nous avions repéré un couple qui nichait dans une des berges. Nous avions repéré une branche sur laquelle les oiseaux se posaient. Pendant 6 jours, les martins pêcheur nous ont nargués en faisant des passages rapides en poussant leurs cris si particuliers. Mais aucun, ne s’est jamais posé sur cette fameuse branche. Il faut donc du temps pour réaliser des photos de martins pêcheurs d’Europe.

L’avantage de la méthode de l’affût est que nous pouvons toujours choisir les arrières plans pour mettre les oiseaux en valeur dans leur environnement. L’inconvénient est que l’attente peut durer des heures et des jours sans jamais rien observer.

Un oiseau mythique protégé depuis 1981

Le martin pêcheur d’Europe est protégé en France depuis un arrêté ministériel datant de 1981. Il est donc interdit de le détruire, l’attraper, de détruire ou altérer son milieu ainsi que de le ramasser même mort. Son plumage est de couleur bleue sur le dos, rousse et blanche sur le ventre. Il peut peser jusque 40 grammes. On l’appelle la flèche bleue car lorsqu’il vole, il est d’un bleu étincelant qui provient des reflets prismatiques de la lumière sur ses plumes.

Il se pose souvent sur les mêmes perchoirs pour attraper ses proies. Il plonge en flèche pour attraper sa proie et ressort aussitôt grâce à l’air emprisonné dans ses plumes. Une fois la proie attrapée, il revient sur une branche pour l’assommer avant de l’avaler ou de la ramener au terrier.

Deux martins pêcheurs photographiés au même moment sur un étang de la Dombes

Lors d’un voyage photo animalière dans la Dombes, la région des mille étangs au nord-est de Lyon, nous faisions partie d’un groupe de photographes. Après deux jours de photo en affût flottant sur les étangs, l’un des photographes nous apprend qu’il a vu et réussi à photographier un martin pêcheur. Aussitôt la fièvre s’empare de nous. Serait-ce enfin le bon moment pour réaliser ce cliché dont nous avons besoin depuis 2 ans ? Gentiment, il accepte de nous de nous montrer l’endroit. Il sait que pour nous c’est important. Le lendemain, après consultation auprès des autres photographes, je me retrouve dans l’affût flottant non loin de l’arbre où été vu l’oiseau mythique. Isabelle m’a laissé cet honneur et ce plaisir. Elle a choisi de partir avec le second affût dans une direction opposée pour ne pas me déranger.

Après 3 heures d’attente, à genoux dans 20 centimètres d’eau, le 500 mm est toujours dirigé vers la fameuse branche. La rotule est fixée. J’ai effectué une mise au point manuelle avec une profondeur de champ suffisante pour n’avoir qu’à déclencher sans attendre l’autofocus. 3 heures, c’est très long sans bouger. Je commence à avoir des crampes mais je ne peux pas bouger car l’apparition peut être très rapide.

Le temps passe et je commence à désespérer. Et si ce n’est pas encore pour cette fois. La malédiction nous poursuit. Pourtant hier, il est bien venu. De plus, c’est quasiment l’occasion unique. La lumière n’est pas bonne durant l’après-midi et les prévisions météo annoncent de la pluie pour le lendemain.

Soudain, j’entends un plouf juste à côté de mon affût. Je regarde par l’entrebâillement avant et je vois un martin pêcheur posé sur une racine. Je tente de bouger doucement ma rotule, j’essaie de faire la mise au point mais il est à moins de 5 mètres. La distance est trop courte pour mon objectif. L’oiseau reste désespérément flou malgré tous mes efforts. Je suis collé dans la vase depuis 3 heures. Impossible de reculer l’affût. Je suis complètement bloqué. Soudain, je le vois s’envoler vers la branche que je visais. Je refais immédiatement la mise au point manuelle. Trop tard, le martin pêcheur plonge. Deux secondes interminables s’écoulent. Je le vois réapparaitre avec un vairon dans son bec. Il le claque sur la branche pour l’assommer. Je déclenche autant que je peux. Juste le temps de cadrer. Le mode rafale crépite. L’excitation est à son comble. Le martin pêcheur s’envole pour apporter la proie à sa progéniture. J’attendrai encore 2 heures mais plus rien ne se passera.

Vers 13 heures, je décide de revenir vers la berge à 300 mètres de l’endroit où je suis. Je suis ankylosé. J’ai vérifié les photos. Elles sont nettes. Je suis heureux.

En allant rechercher Isabelle qui est de l’autre côté de l’étang, je marche d’un pas léger malgré les waders et les 7 kilos de matériel que je transporte. J’ai hâte de lui apprendre la bonne nouvelle. Depuis le temps que nous attendons ce moment.

Quand elle sort de l’eau, elle a le sourire béat des sessions photos exceptionnelles. Je lui demande ce qui lui arrive. Elle me regarde avec des yeux pétillants de joie. Elle me dit qu’elle a photographié un martin pêcheur. Je suis certain qu’elle se moque de moi. Elle me montre fièrement l’écran de son boitier. Incroyable ! Effectivement elle a photographié le graal des zones humides. Elle a 15 photos prises de très près. Elles sont superbes. Je n’en reviens pas.

Elle m’explique qu’elle était en train de photographier deux bihoreaux gris quand un martin pêcheur est venu se poser à quelques mètres de l’objectif. Un coup de chance monumental. Nous pensons qu’il s’agit du même martin pêcheur que nous avons photographié deux fois. Mais il n’en n’est rien. En regardant les photos sur l’ordinateur, on se rend compte que les heures de prise de vues ont les mêmes valeurs. Aucun doute n’est possible. Nous avons photographié deux martins pêcheurs mâles sur un même étang. La probabilité que cela se produise était infime. Nous avons eu cette chance incroyable.

Martin pêcheur d'Europe posé sur une branche dans la Dombes en France
Martin pêcheur d'Europe avec un vairon dans le bec, posé sur une branche dans un étang de la Dombes.

Martin pêcheur d'Europe posé sur une branche dans la Dombes en France
Martin pêcheur d'Europe posé sur une branche dans un étang de la Dombes.

Le plus difficile reste encore à faire

En repartant vers le gîte qui nous abrite avec les autres photographes, nous ne cessons pas de parler de ce que nous venons de vivre. Nous sommes heureux et très émus. Depuis le temps que nous attendions de réaliser ces photos. Maintenant le plus difficile est à faire : réaliser une photo d’un martin pêcheur en Charente-Maritime, notre terre d’adoption en France. Ce cliché est la clé de voûte de l’un de nos projets animaliers dans cette région.

 

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  1. Commentaires (5)

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A noter que le Martin des mers (aux abords des ports, embouchures et digues formés de rochers ou encore côte escarpée) appelé Martin chasseur (King Fisher en anglais) pour le distinguer de son cousin pécheur, a revêtu un plumage de couleur verte. Rasant les eaux calmes, il est plus facile à observer que le Martin des rivières...
Très belles photos !
Bravo

Cyril Debost
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Je connais bien la région de la Dombes mais vos photos donnent envie d'y retourner. Je n'ai jamais pratiqué l'affût flottant mais vos photos donnent envie de pratiquer. J'aime beaucoup la manière dont vous écrivez en nous faisant bien entrer dans votre monde de photographes. Vous avez l'art et la manière de mettre l'eau à la bouche.

Sylvain Letailleur
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Quel récit! Merci d'avoir partagé votre expérience et vos belles photos. J'aime particulièrement la première avec les reflets sur le dos du martin pêcheur. Comme vous le dites c'est une véritable quête. Que c'est difficile. En Bretagne, c'est un oiseau difficile à trouver et à photographier mais on y arrive. Vos histoires sont intéressantes et bien écrites. J'apprécie.

Frédéric Floch
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Une belle histoire pour une belle quête photographique comme je les aime. Les photos sont réussies et mettent bien en valeur une des perles de nos étangs. J'ai lu quelques billets de votre blog. Vous avez du talent pour raconter de belles histoires. Continuez de nous faire rêver et de nous distraire.

Fabien Lepelletier
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Belle histoire. C'est pareil pour moi. Je rêve de réaliser de belles photos d'un martin pêcheur mais ce n'est pas facile. Il faut déjà repérer où il passe et attendre. Votre expérience est encourageante. Pour moi ce sera pour le printemps prochain.

Sylvie Attrait
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