Pourquoi et comment le storytelling rend vos photographies de nature encore plus intéressantes – 2ème partie

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Photographie d'une pierre qui bouge dans la vallée de la Mort. Deux jours ont été nécessaires pour la créer.
Photographie d'une pierre qui bouge dans la vallée de la Mort. Deux jours ont été nécessaires pour la créer.

Un exemple de storytelling à propos d’une photo

Photographie d'un jeune Ibex dans les montagnes du Simien en Ethiopie à 5000 mètres d'altitude.
Photographie d'un jeune Ibex dans les montagnes du Simien en Ethiopie à 5000 mètres d'altitude.

Nous sommes sur les hauts plateaux du Simien dans le nord de l’Ethiopie. Cela fait des années que je rêvais d’aller réaliser des photographies animalières et de paysages dans cette région du monde.

Pour ce premier voyage, je suis parti avec mes deux meilleurs amis, Philippe et André. Ils ont accepté de partager ce voyage extraordinaire car ils sont friands d’expériences nouvelles et de photos qui sortent de l’ordinaire.

Nous avons commencé notre voyage à une altitude de 2000 mètres. Nous sommes montés peu à peu. Nous sommes maintenant à 5000 mètres. Nous sommes à la recherche des Ibex. Ce sont des bouquetins endémiques de cette région du monde. Ils sont très rares et très difficiles à trouver. Nous devons marcher sur les pentes des montagnes pour les trouver.

La moindre marche ou légère escalade nous essouffle. Nous devons porter l’appareil équipé d’un 500mm et de notre trépied. Nous avons décidé que tous les 200 mètres de marche, nous ferions une pause. L’oxygène se fait plus rare. Nous haletons comme si nous venions de parcourir un 10 000 mètres. Nous sommes épuisés par ces petits efforts.

Soudain, en contre bas, au détour d’un chemin, nous apercevons le Graal. Une famille d’Ibex : les deux adultes et un jeune. C’est inespéré. Les décors sont superbes. La lumière du matin est encore très douce.

Nous n’avons qu’à descendre 50 mètres pour se retrouver à leur hauteur. C’est notre première rencontre. Nous avons peur de les effrayer. Nous prenons notre temps. Nous avons été repérés mais ils ne bougent pas. Ils continuent de paître. Nous décidons de rester à 30 mètres du groupe. Pas question de s’approcher.

Soudain, le jeune bouquetin décide d’aller un peu à l’écart dans un décor de rêve. Nous sommes prêts. Les appareils sont installés sur les trépieds. Nous réalisons quelques photos. Rien de bien exceptionnel. Mais nous déclenchons pour marquer le coup. Pendant 20 minutes, il se cache, se couche, se relève. Il joue avec nos nerfs. Les adultes sont en train de brouter. Les positions ne sont pas belles.

Quelle guigne ! Nous avons des Ibex en face de nous. Ils nous acceptent dans leur cercle de sécurité mais les attitudes ne sont pas belles. Nous commençons à ressentir le froid car une légère brise glaciale traverse nos vêtements.

Soudain, le jeune Ibex, relève la tête et nous adresse un regard et une forme de sourire dont nous nous souviendrons toute notre vie. La position de la tête sur le corps est parfaite. Il s’amuse avec nous et nous charme. Il a compris que nous commencions à désespérer. Il nous fait ce cadeau inespéré de poser.

Nous avons créé la photo que nous voulions.

Une belle histoire n’a jamais la technique comme sujet

Je rencontre souvent des photographes qui me parlent de leurs photographies en utilisant des termes relatifs à la technique.

Ils me parlent de focale, d’ouverture, de profondeur de champ, de sensibilité, de convertisseurs ou encore de réduction du bruit. Je les écoute patiemment et avec attention car je suis aussi passionné par la technique. Mais je n’en parle jamais sauf dans mes stages de photo car c’est une part importante dans la réussite de photographies.

En les écoutant, j’essaie de me mettre à la place d’une personne qui n’utilise que son téléphone mobile pour prendre des photos. Je me dis alors qu’il va s’ennuyer pendant de longues minutes s’il est poli et qu’il résiste.

Sachez qu’une bonne histoire de photo n’est jamais à propose de la technique. Une bonne histoire de photo doit toujours faire rêver, faire vagabonder l’imagination de la personne qui la photographie et qui vous écoute.

Par exemple, vous pouvez raconter comment est né ce projet photo qui vous tient tant à cœur et qui a donné naissance aux clichés. Racontez ce qui s’est passé sur le terrain. Si vous avez rencontré un animal de manière inattendue, donnez des exemples concrets de situation. Si vous avez éprouvé des émotions extraordinaires face à une lumière donnée, expliquez-le.

Quand vous racontez une histoire, n’oubliez jamais de donner mentionner des faits pour que le regardeur puisse se mettre à votre place. S’il ne peut pas s’imaginer dans la scène, il ne retiendra rien de ce que vous lui racontez.

Une bonne histoire se déroule toujours sur le plan émotionnel.

J’ajouterai que l’humour est un aussi un vrai plus dans une bonne histoire.

Une belle et bonne histoire est toujours courte

Si vous décidez de raconter une histoire au sujet d’une photo ou d’une série de photographies, soyez bref, concis.

Ne perdez jamais de vue que la photographie est un art visuel.

L’histoire ne doit faire que renforcer l’impact de votre photographie. Vous ne défendez pas un texte oral mais une œuvre photographique.

Votre histoire ne doit pas dépasser une minute. Au-delà de ce temps, vous allez perdre votre auditoire.

Une belle histoire est une histoire vécue

Lorsque vous racontez une histoire photographique, je vous conseille de ne relater que des faits avérés que vous avez réellement vécus sur le terrain.

Si vous commencez à enjoliver la vérité et à ajouter des détails qui n’ont pas eu lieu, vous allez vous perdre dans votre récit. De plus il est certain que si vous le racontez plusieurs fois, toutes les versions seront différentes.

Vous risquez de passer pour affabulateur qui invente des histoires pour se faire mousser. Votre réputation sera ternie. N’oubliez jamais qu’il faut des années pour construire une bonne réputation. Devenir une autorité dans un domaine demande des années de travail. Perdre une réputation ne demande que quelques jours.

Je vous conseille de toujours adopter une attitude franche et honnête.

Une bonne histoire doit être préparée

Dans l’exercice de mon métier de photographe professionnel, je suis toujours perfectionniste et très pointilleux. Je prépare consciencieusement mes projets photos, mes stages et mes conférences.

J’essaie toujours de limiter la place du hasard. Je sais que quoique je fasse, je n’atteindrai jamais la perfection. C’est totalement impossible. Il y aura toujours des aléas et des imprévus.

Lorsque je vais démarcher des galeries ou que je rencontre des collectionneurs, toutes les histoires que je raconte ont été préparées. Je les écrit puis je les répète devant une caméra. Ensuite, je visualise les vidéos. Je peux ainsi mesurer la durée de l’histoire. Je peux aussi vérifier que je ne m’éloigne pas de mon sujet. Je ne dois jamais oublier que je dois défendre et mettre en avant une photographie.

Je sais que face à mon auditoire, je serai amené à m’adapter et à changer mon récit. En effet, chaque auditoire est différent. Je conserve la ligne directrice mais parfois j’improvise en adoptant un autre ton ou en précisant d’autres faits.

Vous devrez aussi certainement improviser car les questions posées par les regardeurs vous obligeront à changer l’angle d’attaque de votre récit. Mais votre improvisation restera crédible et de qualité si vous avez pris le temps de préparer votre histoire.

Savoir s’arrêter au bon moment est un atout majeur

Dans l’un des précédents paragraphes, vous avez lu qu’une histoire devait être courte pour ne pas ennuyer un auditoire.

Mais ce n’est pas tout. Si vous présentez une série de photographies et que plusieurs d’entre elles nécessitent une belle histoire, je vous recommande de savoir vous arrêter au bon moment. Trop d’histoires risquent de tuer votre approche photographique. Vous risquez de devenir ennuyeux. Les personnes risquent de se détourner de vos photos.

Rester simple et concis pour provoquer la petit étincelle qui fera que les regardeurs vont vagabonder dans leur imagination. Une fois que cette étincelle a été provoquée, arrêtez-vous. N’allez pas plus loin. Vous avez atteint votre objectif en renforçant l’impact de vos photographies.

Si vous n’avez pas une belle histoire à raconter

J’ai déjà rencontré des photographes qui me montraient des photos qui ne me laissaient pas indifférents. Quand je leur demandais de me raconter la petite histoire des photos, ils étaient incapables de parler de leurs clichés. Souvent, j’ai constaté qu’ils avaient quelque chose à dire mais que leur timidité naturelle les empêchait de parler. Vous n’imaginez pas combien de fois c’est arrivé. Lorsque j’y pense, c’est absolument incroyable.

Si vous avez le problème de ne pas réussir à vous mettre en avant pour défendre une création, entraînez-vous à le faire devant votre miroir ou devant une caméra. Ce n’est pas facile lorsqu’on est timide, mais c’est en travaillant que l’on obtient des résultats.

N’oubliez jamais qu’une photo intéressante a toujours une belle histoire qui doit être racontée. Quel dommage de la garder uniquement pour vous. N’oubliez pas que vous créez de belles photos de nature pour partager votre vision de monde !

Finalement

La photographie de nature ne se résume pas à la maîtrise d’un appareil photo et à de la technique.

Raconter une belle histoire renforcera toujours l’impact de vos photos ou de vos séries.

Mon expérience m’a beaucoup appris durant ces dix dernières années. Ne négligez jamais l’aspect oral pour expliquer une photo. C’est un excellent moyen de convaincre un auditoire et de mieux partager votre passion pour la photographie de nature.

 

  1. Commentaires (2)

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En effet, l'imaginaire permet de nous évader du quotidien. Cet article nous donne la voie pour aider nos regardeurs à faire vagadonder leur imagination.
Et c'est cela toute l'essence de l'art en général. C'est de transcender l'être.

Serge Demaertelaere
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Mon Cher Serge,

quel plaisir de lire tes quelques lignes.
Je suis entièrement d'accord avec toi sur cette définition de l'art.
Merci d'avoir pris le temps de poster ce commentaire.

Amar Guillen
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