Article publié le vendredi 16 septembre 2016. Écrit par

Pourquoi et comment photographier le loup d’Ethiopie

Photographier le loup d’Ethiopie est le rêve de nombreux photographes animaliers. C’est une espèce en voie d’extinction qui a besoin d’un environnement particulier pour survivre. C’est un animal difficile à photographier. Il faut s’armer de beaucoup de patience et avoir un excellent guide pour le trouver.

Dans un précédent article de blog, nous avons évoqué la photographie des gélada qui ne vivent qu’en Ethiopie. Dans le Simien, les geladas vivent en harmonie avec les loups d’Ethiopie

Le loup d'Ethiope photographié ici sur le plateau de Balé est un rêve pour les photographes animaliers.
Le loup d'Ethiope photographié ici sur le plateau de Balé est un rêve pour les photographes animaliers.

Le canidé le plus rare du monde

Le loup d’Ethiopie (nom scientifique : Canis simensis) est le canidé le plus rare du monde. Il ne subsiste que 400 à 450 individus qui vivent uniquement en Ethiopie. Ils sont répartis entre les montagnes de Balé et le parc national du Simien.

Le loup d’Ethiopie est aussi appelé loup d’Abyssinie (c’est l’ancien nom de l’Ethiopie), cabéru, chacal du simien ou encore renard du simien. Il est vrai que lorsqu’on l’observe pour la première fois, il ressemble plus à un chacal qu’à un loup.

En tant que photographes animaliers, le loup d’Abyssinie a longtemps représenté pour nous la quête du graal car nous avions entendu beaucoup d’histoires à son sujet et ses habitudes de vie. Le photographier pour nous a été la réalisation d’un rêve et l’aboutissement de plusieurs années d’attente.

Une espèce animale en voie de disparition

Le loup d’Ethiopie ne vit que sur les hauts plateaux d’Ethiopie entre 3000 et 4300 mètres. Les derniers recensements font état d’une dizaine de zones où on peut l’observer. Nous sommes allés le photographier dans le parc national de Balé où vivent environ 150 individus.

Deux menaces pèsent sur le loup d’Ethiopie : les maladies et l’activité pastorale. Les chiens des bergers transmettent aux loups des maladies qu’ils ne peuvent pas supporter : c’est le cas de la rage. Les bergers empiètent de plus en plus sur le territoire de ces animaux qui évoluent sur de grands territoires.

Même si le loup d’Ethiopie est une espèce protégée, nous pensons que dans quelques années, elle aura totalement disparu. C’est le moment où jamais pour aller observer et photographier ce bel animal.

Le loup d’Ethiopie dépend principalement du rat-taupe géant

Le met favori du loup d’Ethiopie est le rat-taupe géant qui creuse des terriers pour se mettre à l’abri des prédateurs. Lorsque nous l’avons photographié sur les hauts plateaux de Balé, nous avons fait des affûts. Nous nous sommes postés non loin d’un terrier et nous avons attendu environ 1 heure avant qu’un premier rat-taupe ne se manifeste. Il est très craintif et les vibrations du sol font qu’il reste terrer. Une fois que les vibrations s’arrêtent, il commence à sortir du terrier pour se nourrir.

Nous avons eu la chance lors de nos recherches et d’observation de voir un loup d’Ethiopie chasser des rat-taupe. Il cherche tout d’abord un terrier. Plus il se met en position d’attente sans bouger. Tous ses muscles sont en alerte. Il fixe l’entrée du terrier pendant de longues minutes. Dès que le rat-taupe sort le bout du museau, le loup bondit avec ses pattes et creuse immédiatement pour saisir de sa proie. C’est un spectacle extraordinaire et fascinant.

Nous avons aussi beaucoup ri en observant cette scène de chasse car derrière le loup, nous avons vu des rat-taupe courir d’un terrier à l’autre en regardant le loup. La vitesse de déplacement des rat-taupe géants est impressionnante.

Le rat-taupe est le met favori du loup d'Ethiopie.
Le rat-taupe est le met favori du loup d'Ethiopie.
Le rat-taupe est le met favori du loup d'Ethiopie.
Le rat-taupe est le met favori du loup d'Ethiopie.

Deux territoires pour le photographier

Pour observer et photographier le loup d’Ethiopie, deux immenses territoires sont possibles : la réserve de Balé et les plateaux du Simien. C’est à Balé que vous aurez le plus de chance de les voir. Le seul problème est qu’il n’y a pas d’hébergement sur le plateau. Une petite cabane est disponible mais elle est occupée par les gardes la réserve. Le premier village est à environ 2 heures de voiture.

Nous avons loué cette petite cabane pour la nuit. Nous avons ainsi été protégés du froid très intense pendant la nuit. Les températures sont souvent négatives à cette altitude. C’était spartiate mais nous étions trop heureux de pouvoir observer ces animaux extraordinaires.

Les rencontres sont plus difficiles et plus aléatoires sur les plateaux du Simien. Mais les loups peuvent être observés avec des geladas.

Le loup d'Ethiope photographié ici sur le plateau de Balé est un rêve pour les photographes animaliers.
Le loup d'Ethiope photographié ici sur le plateau de Balé est un rêve pour les photographes animaliers.

Un bon guide est nécessaire

Tout comme nous l’avions évoqué dans l’article consacré à la photographie des gelada, il est quasiment impossible de trouver seul les loups d’Ethiopie. Un bon guide est absolument nécessaire car les zones sont arides et difficiles d’accès. Le guide doit non seulement savoir où sont les territoires des loups mais il doit connaitre les endroits des tanières et les habitudes de vie des animaux.

En effet, le territoire occupé par un groupe est immense. Il faut marcher sur des terrains caillouteux et accidentés. Lors de notre premier voyage, le guide très expérimenté a mis des heures a localisé une femelle et ses petits.

Quelques conseils pratiques pour photographier le loup d’Ethiopie

Le loup d’Ethiopie est un animal essentiellement diurne même s’il commence à ne sortir que la nuit dans le Simien à cause du développement de l’activité pastorale qui se développe. Pour nous, les heures idéales sont le matin et la fin d’après-midi car le soleil rasant de l’horizon permet de bien mettre en valeur son pelage marron et blanc.

Une longue focale d’au moins 400mm est nécessaire car c’est un animal très craintif qui ne se laisse pas approcher facilement. Le photographe doit souvent rester à 150 mètres.

La technique de la billebaude est très aléatoire car le territoire où il vit est immense. Vous pouvez marcher des heures sans jamais en apercevoir un seul. L’idéal est de localiser un terrier puis d’attendre à l’affût. Il faut absolument être en position assise pour casser la forme humaine. Lors de notre premier voyage, notre guide nous avait indiqué un terrier avec de jeunes louveteaux. Nous nous sommes mis à l’affût à 200 mètres. La louve est arrivée dans notre dos. Nous avions été repérés. Nous avons dû faire semblant de partir puis de se cacher pour qu’elle rejoigne son terrier. Si nous n’avions pas bougé, elle aurait attendu des heures et les petits auraient été en danger.

Les températures sur les hauts plateaux de l’Ethiopie sont très fraîches notamment le matin. Le vent du nord est glacial.  Nous recommandons des vêtements assez chauds pour conserver la chaleur. En photographie animalière, nous utilisons toujours un trépied pour avoir les photos les plus nettes possibles. Pour photographier le loup d’Ethiopie, c’est indispensable car l’attente peut être très longue.

Le vrai challenge est de localiser des loups dans un environnement intéressant. Les hauts plateaux sont souvent désertiques et couverts par des rochers. Photographier un loup dans un tel environnement ne représente que peu d’intérêt. Nous avons eu la chance de le photographier alors qu’une meute avec des louveteaux était en haut d’une falaise. Les loups se découpaient à l’horizon. C’est certainement cette rencontre qui restera pour nous le meilleur souvenir.

Le loup d'Ethiope photographié ici sur le plateau de Balé est un rêve pour les photographes animaliers.
Le loup d'Ethiope photographié ici sur le plateau de Balé est un rêve pour les photographes animaliers.

Finalement

Photographier le loup d’Ethiopie est le rêve de nombreux photographes animaliers. Ce rêve a un prix élevé car l’Ethiopie est le seul endroit où on peut l’observer et le photographier. Comme il ne reste plus que 500 individus vivants sur les hauts plateaux à plus de 4000 mètres d’altitude, ce voyage nécessite une préparation solide et des moyens logistiques importants comme un guide compétent.

Mais c’est une expérience que nous recommandons à tous car avoir la chance de l’observer même quelques minutes dans son habitat naturel reste pour nous une expérience extraordinaire et unique.

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