Rencontre fortuite avec une laie sanglier très en colère en Charente-Maritime

Lors de l’un de nos derniers séjours dans une forêt de Charente-Maritime, nous étions à l’affût quand un marcassin apeuré a poussé des cris d’affolement. La laie meneuse n’a pas hésité une seconde en fonçant sur nous pour protéger sa progéniture.

Un marcassin très curieux en Charente Maritime.

Un marcassin très curieux en Charente Maritime

La journée s’annonce magnifique

Nous sommes au mois de juillet. Il est 6 heures du matin. Le soleil va se lever dans quelques minutes. Nous partons dans une forêt de Charente-Maritime. Aujourd’hui, nous avons un but très précis : photographier des sangliers de très près. Plus précisément, nous voulons un cliché d’une laie avec ses marcassins.

Nous avons consulté les prévisions météo. La journée s’annonce belle et très chaude. Nous savons que les températures vont dépassées les 30 degrés. Nous avons environ 4 heures pour réaliser notre photo. Vers 10 heures du matin, il fera déjà très chaud. Les animaux iront certainement s’abriter dans les zones ombragées pour profiter de la fraîcheur. Nous voudrions créer une photo avec la lumière du soleil rasante sur le pelage d’un beau sanglier.

La veille, nous avons repéré une coulée empruntée par une harde de sangliers. En général, ils empruntent toujours les mêmes chemins. Il suffira de bien nous poster et d’attendre le passage.

Le sanglier : un animal très social à l’odorat très développé

Nous nous trouvons dans une grande forêt de la Charente-Maritime, en France. Nous avons déjà effectué plusieurs séjours dans cette région. Nous commençons à nous y repérer et à connaitre les habitudes des grands mammifères qui y vivent. 5 espèces de grands mammifères sur 7 que compte la France y vivent. Il nous a fallu des semaines d’adaptation pour bien connaitre chaque bois et chaque prairie. Nous avons aussi appris à bien comprendre les comportements des grands mammifères.

Chaque espèce de mammifère européen possède des sens très aiguisés pour se protéger d’un être humain qui s’approche très près. Le sens le plus développé chez le sanglier est aucun doute l’odorat. Si nous avons le malheur d’effectuer une approche à mauvais vent, nous avons toutes les chances d’être détectés à 200 m même si nous faisons une approche parfaite.

Après 2 heures d’affût, nous avons la harde dans nos viseurs

Réaliser des photos de très près de sangliers peut sembler facile car c’est un animal qui possède une très mauvaise vue. Il est quasiment myope. Tout comme ses congénères des forêts européennes, il détecte surtout le mouvement. Pour photographier un sanglier de très près, il faut savoir réaliser de belles approches à bon vent ou alors attendre dans un affût sans faire aucun bruit. En effet, le sanglier possède une excellente ouïe. Le bruit d’un pas sur une brindille sèche ou le froissement de quelques feuilles à l’automne peut le faire fuir immédiatement.

Ce matin là, nous avons fait le choix de l’affût. Nous avons choisi d’être à bon vent durant notre progression. Nous nous sommes installés sous un feuillage artificiel non loin de la coulée de manière à avoir le soleil bien placé.

La première à émerger de la coulée est la laie principale qui est appelée la laie meneuse. C’est elle qui guide la harde qui est composée de marcassins, de jeunes laies de l’année précédente et de bêtes rousses. C’est toujours elle qui donner le signal de départ en cas de danger. Elle indique aussi le chemin à suivre en cas de retraite. Il faut être très prudent avec cette laie car si la harde est acculée dans une impasse, elle n’hésitera pas à foncer sur l’intrus pour se frayer un passage de sortie.

La harde est composée d’une dizaine d’individus. Toute la petite troupe commence à chercher des racines pour se nourrir. Nous attendons un peu avant de déclencher. Il ne faut jamais photographier immédiatement. Nous devons laisser les sangliers s’habituer à leur environnement.

Après deux minutes, nous commençons à réaliser nos clichés. Nous sommes à bon vent. Les appareils photo sont dans des moufles anti bruit. Les sangliers ne nous entendent pas du tout. La meneuse lève parfois son groin pour sentir l’air ambiant. Comme elle ne détecte rien de suspect, elle continue de se nourrir. Tout est parfait pour nous. La session photo s’annonce passionnante.

Les marcassins sont curieux comme tous les enfants du monde

Comme toujours en photographie animalière, il y a des situations qu’on ne peut pas prévoir. Cette fois, c’est un marcassin un peu aventureux qui s’est dirigé tranquillement vers nous en se demandant ce que pouvait bien cacher notre feuillage artificiel. Plus il se rapprochait, plus il était intrigué par les bruits des appareils photos étouffés par les moufles anti bruit. Les marcassins sont comme les enfants. Ils sont curieux de la vie. Tout ce qui est inhabituel dans leur environnement les attire.

Le début de l’escapade a commencé à dix mètres de nous. Cela nous permettait de réaliser des clichés en gros plans très intéressants. Mais plus le marcassin se rapprochait de nous, plus nous étions anxieux. Qu’allait-il se passer lorsqu’il nous verrait et comment aller se comporter la meneuse ?

Le marcassin progressait doucement pas à pas. Nous continuions à photographier. Il était arrivé à la distance minimale de mise au point de nos objectifs. Il voyait bien quelque chose d’anormal qu’il ne comprenait pas mais la curiosité était plus forte que la prudence.

Arrivé à un mètre, nous décidons de le regarder dans les yeux. Sa surprise est totale. Il pousse des petits cris d’affolement. Nous avons juste le temps de lever la tête pour voir la laie meneuse campée sur ses quatre pattes et prête à bondir pour protéger sa progéniture. Nous devons prendre une décision. Si elle décide de charger, il sera trop tard. Nous décidons d’émerger de nos filets de nos filets de camouflage. Elle se rendra compte que nous ne représentons pas un danger.
Nous avons appris au cours de toutes ces années, que les animaux sentent quand l’homme est un danger ou non. Nous pensons que l’homme qui veut prélever un animal dégage une odeur particulière que les animaux sentent.

Nous avons pris la bonne décision car la laie est en train de foncer sur nous en grognant. Au moment où nous nous mettons debout, elle stoppe sa course et nous regarde. Nous n’avons aucun geste d’agressivité. Le marcassin qui est remis de sa surprise court vers la meneuse. Nous restons 3 secondes à nous jauger mutuellement. Soudain, la laie meneuse pousse un énorme grognement pour alerter la harde. Pour s’enfuir, elle choisit coulée par laquelle elle est arrivée. Quelques secondes plus tard, il n’y a plus que nous et la nature. Le tout n’a duré que quelques secondes. Nos cœurs battent la chamade. Nous savons le danger que peut représenter une laie en furie. Nous avons eu la bonne réaction.

Depuis cette rencontre avec un marcassin curieux, nous ne nous laissons plus approcher aussi près. Dès que nous jugeons que la situation peut dégénérer nous prenons l’initiative de nous montrer. Il ne sert à rien de provoquer une laie meneuse même pour une belle photo.

Un sanglier en Charente Maritime.

Un sanglier en Charente Maritime

Une laie meneuse prête à attaquer en Charente Maritime.

Une laie meneuse prête à attaquer en Charente Maritime

 

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Liste des participants qui ont commenté cet article

  • François Dulière
  • François Dulière

    Quelle histoire. Vous avez eu chaud. Au mois de mars, nous marchions avec Evelyne mon épouse lorsque nous avons fait face à un sanglier dans la forêt. Nous avons pris nos jambes à nos cous. Le regard de cet animal est froid et n'incite pas au contact. Votre récit nous a bien fait revivre notre expérience.

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