Rencontrerai-je un jour le dugong?

Quand un rêve ne devient jamais réalité

Nous avons tous des rêves. Ce sont eux qui nous font avancer chaque jour. Quand un rêve devient un projet, c’est que nous avons gagné contre l’adversité d’où qu'elle vienne. Assez bizarrement, les rêves prennent souvent du temps à se réaliser. Chacun possède une mallette complète de rêves inavoués. Une chose est cependant certaine. Si on se respecte ; si on donne un sens essentiel à sa vie, on fait toujours l’impossible pour réaliser un rêve. Mais parfois, malgré la pugnacité, l’envie de faire tomber toutes les barrières, les rêves ne s’accomplissent pas. Il faut alors recommencer, ne pas baisser les bras. C’est l’un des jeux de la vie.

Les rêves sont propres au caractère de chacun. Le niveau de complexité de leur réalisation dépend de notre propre état d’esprit. Pour certains, il s’agit d’aller sur la lune ou encore d’aller dans l’espace pour admirer notre petite planète bleue. Pour d’autres, c’est de s’offrir des émotions fortes en essayant d’aller à plus de 400 kilomètres par heure. Mes rêves sont beaucoup plus simples. Je suis un terrien dans le sens le plus général du terme. Mes rêves sont toujours à ma portée. J’ai une règle à laquelle je ne déroge jamais. Chaque année, je mets tout en place pour réaliser 3 rêves. Je sais que ce n’est pas beaucoup, mais quand on y réfléchit un peu, c’est un peu plus compliqué car ils sont toujours en relation avec des voyages lointains.

Un rêve ne s’explique pas. Il ne possède qu’une seule fonction : il doit se réaliser. Depuis quelques années, j’ai tout fait pour réaliser un rêve, mais en vain : voir et photographier un dugong. Un dugong est un mammifère marin qui vit sur les littoraux de l’océan indien et l’océan pacifique ouest. Il fait partie de l’espèce des siréniens. Il ressemble au lamantin. Aussi étrange que cela puisse paraître, toutes mes tentatives ont échoué. Le plus inquiétant pour moi est que quasiment tous les plongeurs que je rencontre ont vu un dugong dans leur vie. Le plus drôle aussi est que tous les photographes sous-marins l’ont déjà photographié. Personne ne peut me comprendre car apparemment c’est d’un « commun » ! Mais bon, c’est ainsi. C’est comme la quête du graal. J’en ai entendu parler ; j’ai vu des reportages et des photos mais impossible d’en voir un devant mes yeux.

Les dugongs sont des animaux solitaires. Les places où ils résident sont parfaitement connues. L’une d’elles est Marsa Abu Dabbab sur les bords de la Mer Rouge en Egypte. Une marsa en Egyptien désigne une grande baie protégée creusée dans le corail. Le fond sableux de Marsa Abu Dabbab est couvert d’herbes et d’algues marines. Ce sont des  mets de choix pour les lamantins qui passent leur temps à brouter les fonds.

2009 fut l’année de mon premier essai de réalisation ce rêve, je réserve une semaine de plongée à Marsa Alam. Entre deux stages photos, je me suis dit que c’était le moment idéal. Pendant mon séjour à Marsa Shagra j’ai réalisé 10 plongées dans cette baie où il n’y a pas beaucoup de sujets à photographier exceptées de grands tortues transportant des rémoras. J’ai passé des heures à ma balader dans trois mètres d’eau à la recherche de l’animal extraordinaire. Comme je suis tenace, j’ai plongé jusqu’au dernier jour pour ramener le cliché que je rêvais de réaliser mais en vain.

En 2011, j’ai eu l’occasion d’encadrer deux stages photo en cours particulier à Marsa Shagra et Marsa Nakari. Comme les deux villages sont situés non loin de la fameuse marsa évoquée plus haut, je demande aux deux stagiaires s’ils veulent réaliser 2 plongées pour trouver le dugong. Une fois de plus les tentatives furent vaines. Malgré tout, les stagiaires se sont beaucoup amusés à photographier les énormes tortues qui broutent les herbes. Et pourtant pendant l’un des deux séjours, le dugong avait aperçu quelques jours auparavant.

L’une des histoires les plus extraordinaires que j’ai vécue jusqu’à aujourd’hui s’est déroulée pendant le mois d’octobre 2011. J’avais organisé une croisière de deux semaines en Mer Rouge avec un groupe de photographes. Le thème du séjour était « Les plus belles plongées de la Mer Rouge ». Nous avons parcouru tous les plus beaux sites du nord au sud de Ras Mohammed à Zabargad. Bien sûr, cette croisière ne pouvait pas faire sans s’arrêter à un endroit où on pouvait potentiellement rencontrer un dugong. A la fin de la première semaine, nous avons effectué un ravitaillement à Port Ghaleb. Juste à côté de ce port artificiel, il y a une marsa où on peut rencontrer le graal. Son nom est Marsa Moubarak (comme le nom du président déchu).

Avec le groupe, nous avons mis en place une stratégie pour localiser la « bête » si elle était dans les parages. Au bout d’une heure de plongée, nous sommes tous remontés sans l’avoir aperçu. C’est avec désespoir que nous avons appris qu’un  groupe de 12 plongeurs du bateau voisin avait passé 10 minutes avec le dugong. La meilleure preuve était un film réalisé par vidéaste. Incroyable mais la malchance me poursuivait. Il était là, juste à côté de nous. Nous avions simplement pris la mauvaise direction. Tant pis me dis-je. Il me restait une chance : il s’agissait de la dernière plongée du séjour. En effet, nous devions revenir à Port Ghaleb pour débarquer. Toute la semaine, j’ai pensé à cette plongée. Chaque jour, je me disais que ce serait pour cette fois. Je le sentais. Il était à m’attendre.

La dernière plongée du dernier jour arrive. Je suis prêt. Cette fois je ne ferai pas la même erreur. La semaine précédente, j’ai reconnu le fond de la marsa. Je sais où est l’herbe la plus haute. C’est là que j’aurai toutes les chances de « le » rencontrer enfin.

Cette fois, pas de plan précis. C’est chacun pour soi. Je plonge seul pour être certain de ne pas le déranger si je trouve. Je me suis conditionné toute la semaine. Cette fois, il sera enfin là pour moi.

Je passe l’heure à ma promener dans 3 mètres d’eau. Une fois de plus ma quête est vaine. Je remonte sur le bateau, dépité. Non décidément, ce n’était pas mon jour.

J’ai à peine terminé d’enlever ma combinaison de plongée que j’entends les autres plongeurs rentrés au bateau. La question qui me tue « Alors tu l’as-vu ? ». Ils sont tous fébriles. Je réponds que non. Ils ne me croient pas car eux, ils l’ont vu. Je souris. « C’est une blague n’est-ce pas ? ». Pas du tout, me répondent-ils en cœur. Philippe a même fait des photos. Je vérifie. C’est vrai, il a deux photos du dugong. Complètement incroyable. A la dernière minute de la dernière plongée de ce séjour deux semaines, il a photographié le dugong. Je suis groggy. Ce n’est pas possible. C’est pourtant la vérité.

Tant pis, il faut être beau joueur. Philippe a joué d’une malchance incroyable en noyant son caisson lors de la première plongée de ce voyage. Nous lui avons trouvé une solution pour rester. Il termine en beauté en photographiant le mythe, le graal, la chose…Je n’ose même plus dire son nom. Je suis très heureux pour lui. Au moins, il est là. Il rôde dans les parages. Je ne désarme pas. Je serai là la prochaine fois. A chacun son tour. Je suis certain que la persévérance finira par payer. Il n’a jamais été aussi près. J’ai simplement joué de malchance.

Je commence à croire que les rêves sont avant faits pour nous permettre d’avancer. Il nous oblige à repousser nos limites. Il faut souvent beaucoup de persévérance et de pugnacité pour les accomplir. Mais finalement est-ce si important ? Je me le demande. Les rêves sont un peu comme les voyages « peu importe la destination finale, seule compte la route qui y mène ».

Les deux photos suivantes sont les prises de vues de Philippe Soubirous. La photo suivante est une tortue photographiée dans la baie. Faute de dugong, je me suis rabattu sur ce que j’avais sous la main.

Le dugong de la mer Rouge

Le dugong de la mer Rouge.

Le dugong de la mer Rouge

Le dugong de la mer Rouge.

Tortue verte dans la mer Rouge

Tortue verte dans la mer Rouge.

 

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J'aime beaucoup ton récit. Il est Vrai ; vrai de philosophie, d'espérance. Encore une leçon de vie. Je ne l'ai jamais vu et pourtant nous l'avons cherché ... cherché .... et encore Un jour ..peut être et là serais-je prête pour faire une "belle photographie" ????? Je t'embrasse Véronqiue

RESSOUCHES Véronique
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