Article publié le vendredi 06 septembre 2013. Écrit par

L’épave du Recoin au large de l’île d’Oléron

plongeur explorant l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Plongeur explorant l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.

Dans le cadre d’un grand projet photo relatif aux trésors cachés des fonds marins de la côte charentaise-maritime, nous avons plongé sur une épave dont seul le nom est connu : le Recoin. Ce monumental navire git par 25 mètres de profondeur au large d l’île d’Oléron en Charente-Maritime, en France.

Une passion indéfectible pour les épaves

Nous ne sommes pas des découvreurs d’épaves. Nous adorons plonger sur les amas de tôles qui gisent au fond des océans. En effet, nous avons réalisé nos premières plongées en milieu naturel en Normandie au large d’Arromanches sur les épaves de la seconde guerre mondiale. Nous avons appris depuis toutes ces années que la nature des premières plongées détermine la vie complète d’un plongeur. Nous ne dérogeons pas à la règle. Depuis, dès que l’occasion de plonger sur une épave se présente, nous n’hésitons pas à nous mettre à l’eau.

Même si notre passion pour les épaves sous-marines est indéfectible, elles constituent aussi pour nous des sujets extraordinaires pour créer des photographies sous-marines. Nous aimons les sublimer de lumières et de couleurs en montrant beaucoup de détails et de structures.

Notre première épave avec une histoire inconnue

Jusqu’à ce dimanche du mois de septembre 2013, toutes les épaves que nous avions explorées avaient d’une part un nom mais aussi une histoire. Cette histoire relatée dans les livres, les magazines, les articles internet nous apprend toujours la date de la construction, la vie du navire et surtout pourquoi il est devenu une épave sous-marine volontairement ou non.

Dès que nous allons plonger sur une épave pour la photographier, nous nous documentons. Nous lisons toutes les archives possibles sur le sujet. Nous nous renseignons auprès des plongeurs qui ont la chance de l’explorer. Toutes ces connaissances nous permettent de préparer notre matériel photographique et surtout de planifier notre plongée pour réussir les meilleurs clichés. Cette étape d’acquisition des connaissances sur une épave est essentielle.

Cette fois, la préparation est différente. Les seules données que nous possédons sur l’épave est son nom : le Recoin, sa localisation GPS et sa dimension. Nous n’avons trouvé aucun document relatant la vie du navire, ni même les raisons de son naufrage. Cependant, nous avons réussi à obtenir des témoignages de quelques plongeurs qui l’ont explorée.

Ce que nous avons appris avant la plongée est très succinct. Le Recoin est un navire à vapeur coulé au 20ème siècle. Les chaudières et le moteur sont encore présents pour en témoigner. La structure est en acier. Le navire a été peut être été coulé pendant la première ou peut être pendant la seconde guerre mondiale. Les avis sont partagés. Personne n’a été capable de nous fournir une information fiable. L’épave mesure entre 90 et 100 mètres de long. Ce sont les seules informations dont nous disposons.

Deux des plongeurs avec qui nous allons plonger, Samuel et Jean-Luc, nous décrivent l’épave. Les éléments qu’ils vont nous fournir vont nous permettre de planifier nos plongées. Elle est posée sur un fond sableux entre 25 et 30 mètres de profondeur. Cette variation dépend de la hauteur des marées. L’épave du Recoin repose sur un fond sableux. Elle est complètement affaissée. La proue et la poupe sont encore un peu visibles. L’hélice et le safran émergent de l’amas de tôle. Les chaudières et le moteur sont encore en bon état. Le reste n’est qu’un amas d’acier qui s’enfonce peu à peu sous son propre poids dans le sable.

Samuel et Jean-Luc nous parlent surtout des gros homards sous le safran, des énormes congres qui ont élu domicile dans les chaudières et surtout des saint-pierre qui croisent aux abords de la structure. L’impression générale qui se dégage des explications est que l’épave est plus à aborder d’un point de vue bio que d’un point de vue historique.

Une première plongée en photographie gros plan

Suite aux explications que nous avons enregistrées, nous décidons de mettre un objectif adapté à la photographie gros plan. Nous choisissons l’angle bio pour rendre de compte de l’épave.

La journée est magnifique. Le soleil nous réchauffe. Le site de plongée est situé à 6 milles nautiques du port de la Côtinière sur l’île d’Oléron. Nous faisons partie d’un groupe de 9 plongeurs. La plupart ne connaissent pas l’épave. L’ambiance à bord est extraordinaire. La mise à l'eau se fait dans une eau à 17 degrés. Le choc est un peu rude car la température extérieure est de 30 degrés Celsius.

Mais ce choc n’est rien en comparaison du choc thermique que nous allons subir au moment du passage de la thermocline à 9 mètres de profondeur. La température chute à 12 degrés. Nous n’avons pas de gants. Nous plongeons en combinaison humide. Le froid s’insinue immédiatement partout sur notre corps. Il ne faut pas y penser. Nous avons prévu une plongée de 45 minutes. Nous devons commencer à nous concentrer sur les clichés que nous allons réaliser.

La visibilité est de 6 à 7 mètres. C’est excellent pour cette région où il est habituel de plonger avec 30 centimètres de visibilité. On voit souvent à peine ses propres mains. Nous n’avons pas plongé à l’étal de marée mais Christophe, le directeur de plongée a organisé la sortie avec des petits coefficients de marée. Le courant est totalement absent. Les conditions de plongée sont parfaites.

Notre premier contact visuel avec l’épave est extraordinaire. Nous pensions trouver un amas de tôles réparties sur le sable. Nous nous sommes trompés. Elle est immense. Les structures sont parfaitement visibles et identifiables. Notre première impression est que nous aurions du monter l’objectif grand angle sur l’appareil photo. Tant pis, nous sommes en gros plan. Nous allons soigner les portraits des poissons et des crustacés qui ont élu domicile sur ce vestige dont personne ne connait l’histoire.

Nous photographions une mostelle, des tacauds, des vieilles, des lieus jaune, des blennies. La diversité de la faune et sa densité sont impressionnantes. L’épave est couverte de vie. C’est un spectacle extraordinaire. Il suffit de regarder un trou entre les tôles pour trouver un habitant.

Nous sommes concentrés sur la réalisation de nos photos. Nous avons oublié le froid. Malgré les 12 degrés nous sommes bien. Seul l’océan atlantique qui baigne les côtes de la Charente-Maritime est capable de nos procurer de telles sensations de bien être. Il fait sombre et froid mais nous sommes bien. C’est un phénomène inexplicable. C’est notre manomètre qui nous donnera le signal de la remontée. Nous venons de passer 45 minutes à 23 mètres. Nous n’avons pas vu le temps passer.

Une seconde plongée plus conforme à notre passion des épaves

Pour cette seconde plongée, nous avons fixé l’objectif grand angle sur l’appareil photo. Lors de la précédente immersion, nous avons l’occasion d’explorer la poupe avec la monumentale hélice et le safran. Nous avons aussi pu admirer la taille impressionnante du moteur et des deux chaudières. Nous allons nous en donner en cœur joie et rendre compte réellement de la beauté du Recoin.

Les conditions atmosphériques et l’ambiance sont toujours aussi excellentes. Cette fois, nous ne ressentons plus du tout la thermocline même si la température de l’eau n’a pas changé. Nous sommes tellement excités par les photos que nous allons réalisées que nous oublions complètement les difficultés de l’environnement.

La plongée débute sur les deux énormes chaudières qui sont situées au milieu de l’épave. Elles sont parfaitement conservées et se dressent fièrement comme des gardiennes de l’épave. Le gigantesque moteur est posé à quelques mètres de là. Les trois éléments sont comme les gardiens du temple. Ils sont les seuls à connaitre l’histoire du Recoin et les raisons du naufrage. Mais jamais, ils ne révéleront ce secret. Le mystère subsistera encore pour longtemps.

Après le moteur et les chaudières, nous suivons l’immense arbre d’hélice qui nous dirige vers la poupe du Recoin. L’hélice principale trône fièrement sur le safran (nous trouverons une hélice de secours couchée sur le sable). Elle est le témoin imperturbable de toutes les visites des plongeurs essayant de percer les secrets de l’épave. Les photos s’enchaînent. Nous avons décidé de réaliser tous nos clichés en lumière naturelle. Nous savons d’ores et déjà que nous allons créer une série uniquement en noir et blanc. Nous rendrons mieux rendre compte de l’atmosphère ambiante dans laquelle nous baignons. Une fois de plus, le temps nous parait court.

L’épave nous a peu à peu envoûtés. Notre temps de plongée a déjà été bien entamé. Nous n’aurons pas le temps d’aller explorer l’avant du Recoin. Notre organisme est déjà bien saturé en azote. Cette fois, ce sont nos ordinateurs de plongée qui nous indiquent qu’il est temps de remonter.

L'épave du Recoin conservera tout son mystère

Finalement, le fait de ne pas avoir exploré et photographié l’avant du Recoin nous fournit une excellente excuse pour revenir explorer ce magnifique navire. Nous n’avons pas trouvé le moindre élément capable d’expliquer le naufrage. L’épave conserve tout son mystère ainsi que toute son histoire. C’est bien mieux ainsi.

Blennie sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Blennie sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Etrille cachée sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Etrille cachée sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Mostelle cachée sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Mostelle cachée sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
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Amar Guillen. Artiste photographe professionnel de la nature.

Amar Guillen est un artiste photographe. Ses œuvres sont spécialisées en photographie sous-marine, animalière et de paysages. Son aventure photographique commence en 1987 alors qu’il prépare un diplôme d’ingénieur en informatique. Les spectacles visuels que leur offrent à la fois les paysages somptueux qui l’entourent, et la faune qui les peuplent, constituent son éternelle source d’inspiration. Cela l’a amené à se consacrer entièrement à sa carrière professionnelle photographique afin de partager son interprétation contemplative et artistique de la nature. Il photographie des paysages naturels terrestres et sous-marins ainsi que les créatures qui s’y déploient, depuis ces 15 dernières années, animé par les mystères infinis que cache la nature.

Par le regard photographique qu’il pose sur la nature, il s’efforce de mettre en lumière l’importance de sa conservation. Amar vit et expose entre la France et les États-Unis dont la faune, les paysages et les cultures nourrissent ses œuvres, et a publié plusieurs ouvrages dont « Lumières et Couleurs de la côte de la Charente-Maritime », « Reflets de la Haute-Saintonge », mais également « Les Secrets de la photo sous-marine ».

  1. Commentaires (2)

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Merci pour ce beau reportage sur le recoin je suis en immersion !!! et refait la plongée au fur et à mesure de la lecture et des images extraordinaires qui accentue ces sentiments
Il est vrai que c'était une très belle journée aussi bien en plongée qu'en surface autour d'un casse croute en compagnie de personnes très sympathiques.
Merci de m'avoir fait revivre cette très belle journée .
Bises à vous 2 .
Nathalie & Sam .

Samuel Latour
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Coucou et merci pour cette belle balade sous marine qui rend bien l'ambiance de ces épaves .

Amitiés

Claude

Callado Claude
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