Pourquoi et comment photographier le regard d’un animal : 1ère partie

Vous avez envie de créer des photographies animalières intéressantes et surtout qui ont de l’impact auprès des spectateurs ?

Saisir le regard d’un animal qu’il soit terrestre ou sous-marin est l’une des techniques que vous pouvez employer.

Dans cet article, je vais vous expliquer quelques trucs que j’utilise pour créer des photos qui ont de l’impact lorsqu’on les regarde.

Le regard de ce jeune ibex avec l'éclat dans l'oeil est très parlant.
Le regard de ce jeune ibex avec l'éclat dans l'oeil est très parlant.

Avant-propos

Toutes les points que je vais aborder ne sont pas des règles au sens strict du terme. Ils sont le résultat de nombreuses années de photographie et surtout d’expérience dans la création de photos qui intéressent mes collectionneurs d’art ou mes acheteurs de beaux tirages d’art.

Ces recettes fonctionnent réellement même si elles sont empiriques. Vous ne serez peut être pas d’accord avec certains points énoncés. Je le comprends parfaitement. Je n’ai pas vocation à détenir la vérité absolue.

Les yeux sont le reflet de l’âme

On dit souvent au sujet des êtres humains que les yeux sont le reflet ou le miroir de l’âme. Vous devez avoir en tête que c’est aussi vrai pour le monde animal en général qu’il soit terrestre ou sous-marin.

Les yeux ou le regard d’un animal en disent bien plus que l’attitude qu’il adopte.

Avec le temps, vous allez apprendre à comprendre le regard des animaux. Ils traduisent des sentiments très différents de ceux des êtres humains. Vous pourrez y décrypter la curiosité, la colère, la peur ou même la tendresse.

Cela peut vous sembler un peu exagéré mais croyez-moi que lorsqu’on la chance de faire un affût et que l’on observe des cerfs ou des oiseaux, on comprend mieux le monde animal. Vous verrez lors de vos observations comme une biche ou une daine peut regarder son faon avec tendresse. C’est un sentiment sur lequel vous ne pourrez pas vous tromper.

Les yeux d’un cerf, qui vous découvre caché à quelques mètres de lui traduisent souvent une étonnante incrédulité qui fait place à de la curiosité et qui se termine par de la peur car il sait que vous pouvez être un chasseur.

Si vous avez eu la chance de photographier depuis un affût flottant, vous avez pu observer le regard d’un grèbe qui a en assez de transporter sur son dos ses rejetons qui sont capables de nager seuls à la surface de l’eau. Comme tous les parents, il a envie que les petits quittent la maison. Soyez attentif et vous pourrez le voir dans le viseur ou l’écran de votre appareil photo.

De même, le regard d’un félin dans les grandes plaines Africaines en dit long sur son état d’esprit.

Il est important pour vous de toujours d’observer et de comprendre le regard d’un animal avant de réaliser une photographie car vous pouvez comprendre son état d’esprit. Il vous faudra souvent attendre le bon moment pour déclencher. C’est un moment que vous apprendrez à détecter avec le temps et les heures passées sur le terrain.

Analyser le regard d’un animal vous permettra aussi de savoir si vous pouvez ou non réaliser une photo.

Un grand moment de solitude : un expérience personnelle

J’ai vécu tous ces moments sur le terrain. Il y a quelques semaines, j’ai connu un moment de grande solitude durant lequel je n’ai pas demandé mon reste.

Lors d’un voyage dans le Yellowstone aux Etats-Unis où j’étais parti pour créer une collection de photographies artistiques sur les bisons dans la neige, je me suis retrouvé dans une plaine enneigée avec un groupe de 20 bisons debout et me faisant face à 100 mètres de distance. Avant d’installer mon trépied, j’ai analysé le groupe avec mes jumelles. Malgré le vent et la neige, j’ai pu observé le regard des bisons. Il était absolument éloquent. Leurs yeux me disaient clairement que je n’étais pas le bienvenu sur leur territoire. L’expression corporelle me confirmait ce que je lisais dans les regards. Je n’ai pas demandé mon reste. Je suis aussi reparti sur mes pas.

Analysez le regard des animaux

J’analyse souvent le regard des animaux avant de déclencher mon appareil car il en dit très long. J’applique différentes analyses que j’ai apprises avec les êtres humains :

  • Lorsque les yeux d’un mammifère se plissent un peu, c’est la traduction du bonheur, de la détente. Dans ce cas, l’animal se sent particulièrement bien. J’ai pu observer ces regards chez les cerfs ou les daims.
  • Lorsqu’un mammifère a les yeux grand ouverts c’est qu’il est attiré par quelque chose ou par vous. Dans ce cas, il faut absolument analyser l’expression corporelle pour savoir si c’est de la curiosité ou de la peur.
  • Lorsqu’un mammifère les yeux qui commencent à s’arquer c’est qu’il est en colère. Si j’observe ce type de regard chez un sanglier, je me dépêche de sortir de sa zone de danger. Si je reste, il risque de me charger.

Le nombre d’expressions du regard est limité chez les animaux ou alors il est difficile de les détecteur mais je pense vraiment que leurs regards communiquent des vérités qui ne trichent pas.

La force du regard pour créer un point d’ancrage

Vous devez comprendrez que photographier un animal c’est avant tout saisir son regard. Avec le temps vous verrez qu’il est absolument nécessaire d’intégrer le ou les yeux dans un animal dans une photographie artistique pour qu’elle soit digne d’intérêt pour un spectateur.

Lors des stages photo, je dis souvent aux stagiaires que le regard permet de faire la connexion entre le spectateur et le centre d’intérêt principal.

Sans le regard d’un animal, le spectateur ne peut pas accrocher à votre photo. C’est un comportement général lié sans doute dû à notre éducation. Depuis notre plus jeune âge, vous comme moi, nous avons été habitués à l’école à regarder des peintures ou des photos avec des regards très forts. Dans les magazines, le regard des êtres humains photographiés sont apparents. Dès que nous regardons un être vivant photographié ou peint, nous recherchons automatiquement son regard.

C’est ce que j’appelle souvent le point d’ancrage. C’est le premier point que l’on va rechercher pour commencer à lire la photographie qui nous est proposée. C’est un comportement culturel que nous avons acquis.

Créer une photographie animalière qui a de l’impact est très difficile. De nombreux photographes animaliers se contentent d’une attitude ou alors juste de l’animal dans son milieu. On regarde ce type de photographies une fois et on n’y revient pas car elle manque d’une accroche pour notre regard.

Dans le monde de la photographie illustrative pour des magazines ou pour des livres d’identification, la capture du regard est moins fondamentale car souvent c’est l’attitude ou le comportement qui prime tel qu’un combat ou une fuite.

Lorsque vous allez créer une photographie animalière artistique ou ayant du sens, n’oubliez pas de vous attacher toujours à bien saisir le regard de l’animal. C’est une condition essentielle pour créer une photographie intéressante.

La maîtrise de la ligne du regard

Il est important et nécessaire que vous maîtrisiez le concept de « la ligne du regard » pour créer des photos différentes et à fort impact. Elle va vous permettre de créer des photos puissantes.

La ligne du regard est une ligne imaginaire qui part des yeux de l’animal qu’il soit sous-marin ou terrestre. C’est une ligne directrice importante car c’est elle qui va guider le regard du spectateur.

Deux cas peuvent se présenter :

  • Le premier cas est celui de la ligne du regard qui est dirigée vers le regardeur. Dans ce cas, il y a un échange très fort entre le centre d’intérêt principal et le spectateur. Durant ce moment, le spectateur commence à se questionner. C’est une interaction très forte car il y a échange.

    Mais cette technique de la ligne du regard direct présente un inconvénient. L’interaction entre le centre d’intérêt principal et le spectateur est si forte que plus rien d’autre n’existe : décor, attitude. Souvent pour ce genre de photo, je choisis un cadrage serré et carré.
  • Le second cas est celui de la ligne du regard qui va une direction de la photographie.

    Soit cette ligne s’arrête sur un point particulier de la photographie. Dans ce cas, vous créez un second point d’intérêt de la photo avec un centre d’intérêt secondaire. C’est très intéressant pour créer des points de connexion entre les différents centres d’intérêts d’une photo.

    C’est par exemple le regard d’une biche qui est dirigé vers son faon. Le message envoyé par le regard maternel de la biche est celui de la protection, de la paix et du réconfort.

    C’est par exemple le cas d’une lionne qui regarde une antilope. Dans ce cas, le message transmis est beaucoup plus primaire : c’est celui de la survie dans l’espèce (être mangé par plus fort que soi et manger pour survivre).

    Soit cette ligne du regard ne pointe sur aucun autre point de la photographie. C’est ce que l’on appelle le hors champ en photographie. J’aime beaucoup cette technique car le spectateur se pose des questions et se demande ce que l’animal peut bien regarder. Cette technique permet d’induire le rêve, l’imagination. C’est le domaine de la photographie onirique. Dans ce cas, c’est l’attitude de l’animal qui va déterminer la nature de la scène. Si l’animal a une attitude défensive avec les muscles saillants, c’est qu’il a vu un danger. Si au contraire, l’expression corporelle est détendue, son regard traduit juste de la curiosité. Le hors champ est une technique que j’utilise beaucoup car elle me permet de transmettre de nombreux messages qui dépendent de la situation.

La maîtrise de la ligne du regard est essentielle mais sa mise en place dans la composition d’une photographie dépend complétement du message ou des émotions que vous voulez transmettre.

Quelques exemples de regards de mammifères

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Briser la règle des tiers

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Article publié le vendredi 12 avril 2019. Écrit par
Vous avez envie de photographier des faons et des marcassins juste après leur naissance. Vous avez envie de réaliser des photos créatives.
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Amar Guillen. Artiste photographe professionnel de la nature.

Amar Guillen est un artiste photographe. Ses œuvres sont spécialisées en photographie sous-marine, animalière et de paysages. Son aventure photographique commence en 1987 alors qu’il prépare un diplôme d’ingénieur en informatique. Les spectacles visuels que leur offrent à la fois les paysages somptueux qui l’entourent, et la faune qui les peuplent, constituent son éternelle source d’inspiration. Cela l’a amené à se consacrer entièrement à sa carrière professionnelle photographique afin de partager son interprétation contemplative et artistique de la nature. Il photographie des paysages naturels terrestres et sous-marins ainsi que les créatures qui s’y déploient, depuis ces 15 dernières années, animé par les mystères infinis que cache la nature.

Par le regard photographique qu’il pose sur la nature, il s’efforce de mettre en lumière l’importance de sa conservation. Amar vit et expose entre la France et les États-Unis dont la faune, les paysages et les cultures nourrissent ses œuvres, et a publié plusieurs ouvrages dont « Lumières et Couleurs de la côte de la Charente-Maritime », « Reflets de la Haute-Saintonge », mais également « Les Secrets de la photo sous-marine ».

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