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Pourquoi et comment photographier les cerfs dans le brouillard

Si l’une de vos passions est la photographie animalière, vous devez attendre impatiemment l’arrivée de l’automne pour photographier le brame du cerf.

Vous avez envie de photographier d’une manière différente et de façon créative cet événement incontournable que la nature vous offre.

Le brouillard est un phénomène naturel qui peut vous aider à attendre votre objectif.

Mais ce n’est pas si facile qu’il y parait. Dans cet article, je partage avec vous quelques astuces pour reconnaitre le terrain et réaliser des photos de cerfs dans le brouillard.

L'élégance d'un cerf marchant dans le brouillard pendant le brame du cerf. Photographie par Amar Guillen, artiste photographe
L'élégance d'un cerf marchant dans le brouillard pendant le brame du cerf.

La petite histoire de cet article

Ma passion pour la photographie des grands mammifères européens et en particulier pour les cerfs a débuté dans la forêt de la Coubre en Charente-Maritime en France. C’est une immense forêt domaniale qui s’étend sur près de 8000 hectares sur la presqu’île d’Arvert.

C’est dans cette forêt où j’ai vécu mes premières grandes émotions en entendant mon premier brame du cerf et où j’ai eu la chance de photographier des cerfs, des biches et des sangliers.

Comme la forêt est immense, j’avais pris l’habitude de commencer mes journées par un affût sous un fantôme de bois avant de billebauder à la recherche d’animaux.

Je me souviendrai toujours de ce jour de septembre. Le matin était froid. J’avais stationné ma voiture le long d’un chemin vicinal. Il était 6heures du matin. La nuit était très noire. Malgré les conditions peu propices à la marche, je décidais de m’aventurer dans la forêt. Pour les 500 premiers mètres, j’avais opté pour une lampe frontale. J’avais décidé de marcher les 200 derniers mètres dans le noir absolu pour ne pas être repéré.

Durant plusieurs jours, j’avais affûté dans une petite clairière où j’avais repéré des coulées et des crottes de cerfs. Non loin de cette clairière, j’avais photographié des biches et des sangliers. Mais les décors et les vues plongeantes ne m’avaient permis de créer des photos intéressantes. La clairière était parfaite mais chaque fois j’étais revenu bredouille. J’espérais que la chance allait me sourire par ce petit matin froid.

Pour mes affûts, j’avais choisi un énorme sapin auquel je m’adossais, vêtu de mon fantôme des bois. Le tronc me permettait de casser ma silhouette.

Une fois arrivé, je m’installais sans bruit. Je ne voyais absolument rien. Aucun bruit ne venait déranger la quiétude de ce petit matin magique.

Vers 8 heures, la nuit commença à disparaître. Le jour se levait timidement. Ma surprise fut immense car le brouillard enveloppait complétement la clairière. Je ne m’attendais pas du tout à cela.

Soudain, sans aucun signe avant-coureur, j’entendis un cerf brâmer sur ma droite. Le son était impressionnant. La clairière agissait comme une caisse de résonnance. Je ne voyais rien.

Le pire est même si j’avais pu voir quelque chose, j’aurai été incapable de prendre une photo car j’avais choisi un angle différent qui donnait sur la coulée qui débouchait de l’autre côté de la clairière. Impossible de bouger sans faire de bruit. Je décidais de rester et d’attendre. De toute manière, le brouillard était trop épais.

Le cerf brama pendant 30 minutes. A cette époque mon Nikon D200 ne pouvait pas enregistrer les sons.

Je goûtai pleinement du spectacle auditif. Que faire d’autre ! Il devait aussi être sacrément énervé car je pouvais sentir son odeur.

Je me faisais mon cinéma en imaginant mon cerf en train d’émerger du brouillard la tête haute en train de bramer. J’avais toutes les images dans ma tête. La chance ne pouvait pas me faire faux bond surtout dans des conditions pareilles.

Quand la brume se dissipa, le cerf avait disparu. La clairière resta désespérément vide pendant toute la matinée.

C’est ce jour précis que j’ai pris aux conditions automnales et à une véritable passion pour la prise de vue dans le brouillard. Durant les années qui suivirent, je compris que j’avais eu une chance incroyable et qu’il n’était pas si facile d’avoir du brouillard mais surtout de photographier dans le brouillard.

C’est à partir de ce moment que j’entrepris de chercher des zones spécifiques répondant à ma recherche créative.

Dans la suite de cet article, je vais vous expliquer ce que j’ai appris.

Définition du brouillard et de la brume

Avant d’aller plus loin dans cet article, il me semble important de vous définir les mots brouillard et brume car souvent il y a confusion.

La brume et le brouillard sont un seul et même phénomène.

Sur terre, on parle de brume lorsque la visibilité est comprise entre 1 et 5 kilomètres.

Toujours sur terre, on parle de brouillard lorsque la visibilité est inférieure à 1 kilomètre.

J’ai précisé que c’était sur terre car sur la mer on parle de brume pour des visibilités inférieures à 1 kilomètre.

Dans cet article, je n’utiliserai que le mot brouillard car en photographie animalière, nous sommes sur terre. C’est surtout ce phénomène qui est visible et qui nous concerne en tant de photographes animaliers.

Le phénomène du brouillard

Le brouillard est un phénomène météorologique est induit par la suspension de très petites gouttelettes d’eau en suspension dans l’air à cause de mouvements turbulents de l’air.

En fait, le brouillard est un nuage qui touche le sol.

Plusieurs conditions doivent être réunies pour avoir du brouillard.

D’une part, pour que le brouillard se forme, le taux d’humidité de l’air doit être suffisamment élevé. De plus, le vent doit être présent. Il ne doit pas être trop fort sinon le brouillard se disperse. Il ne doit pas être trop faible sinon les gouttelettes d’eau ne peuvent pas de former en suspension dans l’air. Comme vous pouvez le remarquer, le compromis est difficile à trouver. C’est pour cette raison que le brouillard est assez rare dans les régions où vous pouvez photographier des cerfs.

En plus d’un vent très léger, l’air doit comporter des noyaux de condensation ou de congélation. Ce sont des microparticules qui vont permettre aux gouttelettes d’eau de se fixer et de rester en suspension. Dans la nature, sans le phénomène de pollution ces microparticules sont transportées par le vent (poussières). Elles peuvent aussi être induites par les plantes. Les phénomènes sont assez complexes et sortent du cadre de cet article sur la photographie animalière. Mais retenez simplement que sans ces microparticules, le brouillard ne peut pas se créer. De nouveau, c’est une condition particulière qui n’est pas facile à créer.

Enfin, et c’est la dernière condition, l’air doit être saturé en eau. C’est pour cette raison que le brouillard est plutôt présent dans les régions humides ou dans des régions avec des étangs. Quand le sol est humide et qu’il plus chaud que l’air ambiant, il suffit que les températures descendent durant la nuit pour qu’un brouillard se crée. C’est le brouillard d’évaporation.

Il existe d’autres types de brouillard comme le brouillard radiatif, le brouillard d’advection ou le brouillard de précipitation mais cela qui m’intéresse le plus pour cet article est le brouillard d’évaporation.

Finalement, pour avoir des conditions de brouillard pour photographier les cerfs, vous devez rechercher une zone humide, attendre qu’une journée réchauffe le sol, attendre que la nuit suivante soit froide, avoir dans l’ai suffisamment de microparticules et avoir un de vent. Vous comprenez que ce n’est pas si simple à réunir. Toutes les régions ne sont pas propices au brouillard.

La meilleure période de l’année pour photographier les cerfs dans le brouillard

La meilleure pour le brouillard est certainement l’automne.

Les averses génèrent de l’humidité dans le sol. Les vents sont fréquents. La végétation même si elle commence à dépérir peut engendrer les microparticules qui vont fixer les gouttelettes d’eau. Les matins peuvent être froids. L’atmosphère se refroidit. Vous pouvez aussi avoir de belles journées ensoleillées qui vont réchauffer le sol. Des brouillards d’évaporation peuvent apparaitre après des nuits très fraîches.

Quand les cerfs brament, vous pouvez facilement vous orienter dans leur direction pour réaliser vos photos. De plus ils sont en bois sec.

L’hiver n’est pas vraiment une période propice car les bois des cerfs tombent en février. Il faut attendre l’été pour qu’ils soient repoussés complétement mais les brouillards n’apparaissent pas.

Personnellement, j’attends toujours le milieu de l’automne pour choisir les endroits où je vais aller photographier les cerfs.

Quelques photos de cerfs dans le brouillard

Cliquez sur chaque vignette pour voir un agrandissement.

Pourquoi photographier les cerfs dans le brouillard

Chacun a ses raisons pour photographier les cerfs dans le brouillard.

Personnellement, le brouillard me permet de créer des photographies animalières créatives. Pour moi, le brame du cerf est avant tout une question d’ambiance. Dans l’imaginaire collectif, le brouillard évoque l’automne et les premiers frimas de l’hiver qui approche. Les ambiances avec le brouillard sont toujours une garantie de réaliser des photos intéressantes très évocatrices.

Si vous êtes comme moi et que vous aimez créer des photos symbolisant la quiétude, le rêve, la sérénité, le brouillard est votre meilleur allié.

Le brouillard réduit la vue et étouffe les sons. Il est toujours très difficile de s’orienter et d’évoluer dans le brouillard. Le brouillard symbolise la confusion de l’esprit.

Mais le brouillard permet aussi de se dissimuler et d’échapper au regard d’autrui. Il est en quelque sorte associé à la protection.

Enfin le brouillard dissimule des lieux connus et révèle un monde nouveau.

Pour moi, le brouillard est le moyen symbolique que j’ai trouvé l’idée de rechercher de nouveaux horizons où règnent la paix et la tranquillité. En m’enfonçant au plus profond du brouillard, je peux m’aventurer dans des terres inconnues à la recherche de la sérénité. Je ne sais pas où je vais mais je sais ce que je cherche. Il me faudra du temps pour atteindre mon but mais ma pugnacité finira par payer.

Quant aux cerfs, ils représentent pour moi l’élégance, la puissance, la virilité. Les photographier dans un paysage de brouillard me permet de les mettre en valeur dans des scènes minimalistes.

A vous de trouver des raisons symboliques pour photographier des cerfs dans le brouillard.

Comment photographier les cerfs dans la brouillard

Photographier les cerfs dans le brouillard n’est pas une chose facile. Vous devez déjà trouver des zones où le brouillard pourra se créer. Les conditions dont j’ai parlé précédemment doivent être toutes réunies.

Ensuite, vous devez rechercher des cerfs. Le brame du cerf est une période intéressante vous pouvez plus facilement les localiser.

Enfin, il vous reste à trouver la bonne scène pour mettre en valeur la puissance animale et l’élégance naturelle des cerfs.

Personnellement, je pratique beaucoup l’affût pour photographier les cerfs dans la brume. J’évolue toujours dans des régions que je connais. Je sais où me placer.

Mais je ne néglige pas la billebaude une fois que jour est levé. Cette technique est intéressante car si vous ne voyez pas les cerfs, ils ne peuvent pas vous voir non plus. La billebaude vous offrira de nombreuses possibilités créatives.

Mais la connaissance des conditions météorologiques et des animaux n’est pas suffisante. La connaissance de votre matériel est très importante. Vous devez par exemple être capable de débrayer votre objectif en mise au point manuelle. Souvent les silhouettes de cerfs sont fugaces dans les brouillard. Même avec un collimateur central, vous n’allez pas pouvoir effectuer la mise au point automatique. L’objectif va patiner. Le débrayage en mode manuel sera le seul moyen d’effectuer une mise au point précise. Je vous recommande de vous entrainer avant vos sessions automnale.

Le choix des focales et les cadrages

Personnellement, j’utilise toujours une longue focale pour photographier les cerfs dans la brume. Vous n’aurez aucune chance d’approcher un cerf de très près avec une focale courte.

De plus, je trouve qu’il est intéressant de recréer l’ambiance automnale. Vos scènes doivent être aérées et larges. Les cerfs doivent être photographiés d’assez loin.

A mon avis, le meilleur cadrage pour une scène avec le brouillard est sans conteste le format horizontal. Vous avez besoin de faire respirer votre scène et lui donner beaucoup d’espace toujours pour évoquer l’ambiance. Les ratios 3 :2, 16 :9 ou 2 :1 sont parfaitement adaptés.


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