L’épave du Recoin au large de l’île d’Oléron

Dans le cadre d’un grand projet photo relatif aux trésors cachés des fonds marins de la côte charentaise-maritime, j'ai plongé sur une épave dont seul le nom est connu : le Recoin. Ce monumental navire git par 25 mètres de profondeur au large d l’île d’Oléron en Charente-Maritime, en France.

Plongeur explorant l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Plongeur explorant l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.

Une passion indéfectible pour les épaves

Je ne suis pas un découvreur d’épave. J'adore plonger sur les amas de tôles qui gisent au fond des océans. En effet, j'ai réalisé mes premières plongées en milieu naturel en Normandie au large d’Arromanches sur les épaves de la seconde guerre mondiale. J'ai appris depuis toutes ces années que la nature des premières plongées détermine la vie complète d’un plongeur. Je ne déroge pas à la règle. Depuis, dès que l’occasion de plonger sur une épave se présente, je n’hésite pas à me mettre à l’eau.

Même si ma passion pour les épaves sous-marines est indéfectible, elles constituent aussi pour moi des sujets extraordinaires pour créer des photographies sous-marines. J'aime les sublimer de lumières et de couleurs en montrant beaucoup de détails et de structures.

Ma première épave avec une histoire inconnue

Jusqu’à ce dimanche du mois de septembre 2013, toutes les épaves que j'avais explorées avaient d’une part un nom mais aussi une histoire. Cette histoire relatée dans les livres, les magazines, les articles internet m'apprennent toujours la date de la construction, la vie du navire et surtout pourquoi il est devenu une épave sous-marine volontairement ou non.

Dès que je vais plonger sur une épave pour la photographier, je me documente. Je lis toutes les archives possibles sur le sujet. Je me renseigne auprès des plongeurs qui ont la chance de l’explorer. Toutes ces connaissances me permettent de préparer mon matériel photographique et surtout de planifier ma plongée pour réussir les meilleures images. Cette étape d’acquisition des connaissances sur une épave est essentielle.

Cette fois, la préparation est différente. Les seules données que je posséde sur l’épave est son nom : le Recoin, sa localisation GPS et sa dimension. Je n’ai trouvé aucun document relatant la vie du navire, ni même les raisons de son naufrage. Cependant, j'ai réussi à obtenir des témoignages de quelques plongeurs qui l’ont explorée.

Ce que m'avons appris avant la plongée est très succinct. Le Recoin est un navire à vapeur coulé au 20ème siècle. Les chaudières et le moteur sont encore présents pour en témoigner. La structure est en acier. Le navire a été peut être été coulé pendant la première ou peut être pendant la seconde guerre mondiale. Les avis sont partagés. Personne n’a été capable de me fournir une information fiable. L’épave mesure entre 90 et 100 mètres de long. Ce sont les seules informations dont je dispose.

Deux des plongeurs avec qui je vais plonger, Samuel et Jean-Luc, me décrivent l’épave. Les éléments qu’ils vont me fournir vont me permettre de planifier mes plongées. Elle est posée sur un fond sableux entre 25 et 30 mètres de profondeur. Cette variation dépend de la hauteur des marées. L’épave du Recoin repose sur un fond sableux. Elle est complètement affaissée. La proue et la poupe sont encore un peu visibles. L’hélice et le safran émergent de l’amas de tôle. Les chaudières et le moteur sont encore en bon état. Le reste n’est qu’un amas d’acier qui s’enfonce peu à peu sous son propre poids dans le sable.

Samuel et Jean-Luc me parlent surtout des gros homards sous le safran, des énormes congres qui ont élu domicile dans les chaudières et surtout des saint-pierre qui croisent aux abords de la structure. L’impression générale qui se dégage des explications est que l’épave est plus à aborder d’un point de vue bio que d’un point de vue historique.

Une première plongée en photographie gros plan

Suite aux explications que j'ai enregistrées, je décide de mettre un objectif adapté à la photographie gros plan. Je choisis l’angle bio pour rendre de compte de l’épave.

La journée est magnifique. Le soleil me réchauffe. Le site de plongée est situé à 6 milles nautiques du port de la Côtinière sur l’île d’Oléron. Je fais partie d’un groupe de 9 plongeurs. La plupart ne connaissent pas l’épave. L’ambiance à bord est extraordinaire. La mise à l'eau se fait dans une eau à 17 degrés. Le choc est un peu rude car la température extérieure est de 30 degrés Celsius.

Mais ce choc n’est rien en comparaison du choc thermique que je vais subir au moment du passage de la thermocline à 9 mètres de profondeur. La température chute à 12 degrés. Je n’ai pas de gants. Je plonge en combinaison humide. Le froid s’insinue immédiatement partout sur mon corps. Il ne faut pas y penser. J'ai prévu une plongée de 45 minutes. Je dois commencer à me concentrer sur les images que je vais réaliser.

La visibilité est de 6 à 7 mètres. C’est excellent pour cette région où il est habituel de plonger avec 30 centimètres de visibilité. On voit souvent à peine ses propres mains. Je n’ai pas plongé à l’étal de marée mais Christophe, le directeur de plongée a organisé la sortie avec des petits coefficients de marée. Le courant est totalement absent. Les conditions de plongée sont parfaites.

Mon premier contact visuel avec l’épave est extraordinaire. Je pensais trouver un amas de tôles réparties sur le sable. Je me suis trompé. Elle est immense. Les structures sont parfaitement visibles et identifiables. Ma première impression est que j'aurai du monter l’objectif grand angle sur l’appareil photo. Tant pis, je suis en gros plan. Je vais soigner les portraits des poissons et des crustacés qui ont élu domicile sur ce vestige dont personne ne connait l’histoire.

Je photographe une mostelle, des tacauds, des vieilles, des lieus jaune, des blennies. La diversité de la faune et sa densité sont impressionnantes. L’épave est couverte de vie. C’est un spectacle extraordinaire. Il suffit de regarder un trou entre les tôles pour trouver un habitant.

Je suis concentré sur la réalisation de mes photos. J'ai oublié le froid. Malgré les 12 degrés je suis bien. Seul l’océan atlantique qui baigne les côtes de la Charente-Maritime est capable de me procurer de telles sensations de bien être. Il fait sombre et froid mais je suis bien. C’est un phénomène inexplicable.

C’est mon manomètre qui me donnera le signal de la remontée. Je viens de passer 45 minutes à 23 mètres. Je n’ai pas vu le temps passer.

Une seconde plongée plus conforme à ma passion des épaves

Pour cette seconde plongée, J'ai fixé l’objectif grand angle sur l’appareil photo. Lors de la précédente immersion, j'ai eu l’occasion d’explorer la poupe avec la monumentale hélice et le safran. J'ai aussi pu admirer la taille impressionnante du moteur et des deux chaudières. Je vais m'en donner en cœur joie et rendre compte réellement de la beauté du Recoin.

Demander votre guide pour donner de l'impact et du sens à vos photos

Demandez votre guide gratuit '50 pages de conseils pour donner de l'impact et du sens à vos photos'

Les conditions atmosphériques et l’ambiance sont toujours aussi excellentes. Cette fois, je ne ressens plus du tout la thermocline même si la température de l’eau n’a pas changé. Je suis tellement excité par les photos que je vais réaliser que j'oublie complètement les difficultés de l’environnement.

La plongée débute sur les deux énormes chaudières qui sont situées au milieu de l’épave. Elles sont parfaitement conservées et se dressent fièrement comme des gardiennes de l’épave. Le gigantesque moteur est posé à quelques mètres de là. Les trois éléments sont comme les gardiens du temple. Ils sont les seuls à connaitre l’histoire du Recoin et les raisons du naufrage. Mais jamais, ils ne révéleront ce secret. Le mystère subsistera encore pour longtemps.

Après le moteur et les chaudières, je suis l’immense arbre d’hélice qui me dirige vers la poupe du Recoin. L’hélice principale trône fièrement sur le safran (je trouverai une hélice de secours couchée sur le sable). Elle est le témoin imperturbable de toutes les visites des plongeurs essayant de percer les secrets de l’épave. Les photos s’enchaînent. j'ai décidé de réaliser toutes mes photos en lumière naturelle. Je sais d’ores et déjà que je vais créer une série uniquement en noir et blanc. Je rendrai mieux rendre compte de l’atmosphère ambiante dans laquelle je baigne. Une fois de plus, le temps me paraît court.

L’épave m' a peu à peu envoûté. Mon temps de plongée a déjà été bien entamé. Je n’aurai pas le temps d’aller explorer l’avant du Recoin. Mon organisme est déjà bien saturé en azote. Cette fois, c'est mon ordinateur de plongée qui m' indique qu’il est temps de remonter.

L'épave du Recoin conservera tout son mystère

Finalement, le fait de ne pas avoir exploré et photographié l’avant du Recoin me fournit une excellente excuse pour revenir explorer ce magnifique navire. Je n'ai pas trouvé le moindre élément capable d’expliquer le naufrage. L’épave conserve tout son mystère ainsi que toute son histoire. C’est bien mieux ainsi.

Blennie sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Blennie sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Etrille cachée sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Etrille cachée sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Mostelle cachée sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
Mostelle cachée sur l'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.
L'épave du recoin au large de l'île d'Oléron en Charente Maritime.

 

Comment puis-je vous aider à créer des photos?