La quête photographique de la flèche bleue : le martin pêcheur d’Europe

Lors d’une promenade près d’un étang ou d’un cours d’eau, la plupart d’entre nous ont déjà vu une flèche bleue passée à toute vitesse en poussant un cri strident « tchiii » très caractéristique. Si vous vous êtes demandé ce que c’était, eh bien il s’agissait simplement d’un martin pêcheur d’Europe. C’est l’un des oiseaux les plus fascinants des zones humides en France. Après deux ans d’attente et d’espoirs déçus, j'ai eu la chance de photographier deux oiseaux en même temps à quelques centaines de mètres de distance. Un miracle comme seule la nature sait en offrir quand on sait attendre.

Martin pêcheur d'Europe posé sur une branche dans la Dombes en France
Martin pêcheur d'Europe posé sur une branche dans la Dombes en France.

La quête du graal pour ce passereau des zones humides

Depuis des années, je suis passionné par les merveilles de la nature et en particulier les zones humides qui regorgent de trésors cachés en termes de faune animalière. Deux oiseaux des zones humides en France m'ont toujours fascinés : le héron pourpré et le martin pêcheur d’Europe. J'aime leurs couleurs particulières, leurs comportements et leurs vols. J'ai dépensé une énergie et des dizaines d’heures à vouloir réaliser de belles photos de ces oiseaux. Ma quête pour le héron a été couronnée de succès à plusieurs reprises. Le martin pêcheur d’Europe restait pour moi le graal.

Le territoire d’un martin pêcheur peut être très vaste. C’est un oiseau est très territorial et il emprunte toujours les mêmes chemins pour aller pêcher et revenir à son nid.  Le seul problème est que son territoire est immense et que les chemins sont assez nombreux.

Pour le photographier, il faut repérer un cours d’eau ou un étang qui doivent être très propres. Le martin pêcheur est un excellent indicateur de l’état de l’eau. On ne le trouve jamais près d’une zone polluée. Le premier indice est le cri de l’oiseau en vol : le fameux « tchiii ». Il est très particulier et permet d’identifier facilement l’espèce. Une fois que le territoire de l’oiseau est repéré, commence alors le long travail à la jumelle : il faut repérer les branches sur lesquelles il se pose pour attraper ses proies. En général, elles sont assez hautes car le martin pêcheur a besoin d’une certaine vitesse pour entre dans l’eau. Si la branche est trop basse, il devra voler vers le haut avant de plonger.

Une fois que la ou les branches ont été trouvées, il suffit de placer son affût à bonne distance pour ne pas effrayer l’oiseau. J'ai constaté qu’un changement dans l’environnement fait que le martin pêcheur devient méfiant et n’emprunte plus le même chemin. J'en avons fait l’expérience.

En 2013, j'ai fait des affûts pendant une semaine près d’un étang. J'avais repéré un couple qui nichait dans une des berges. J'ai repéré une branche sur laquelle les oiseaux se posaient. Pendant 6 jours, les martins pêcheur m'ont nargués en faisant des passages rapides en poussant leurs cris si particuliers. Mais aucun, ne s’est jamais posé sur cette fameuse branche. Il faut donc du temps pour réaliser des photos de martins pêcheurs d’Europe.

L’avantage de la méthode de l’affût est que je peux toujours choisir les arrières plans pour mettre les oiseaux en valeur dans leur environnement. L’inconvénient est que l’attente peut durer des heures et des jours sans jamais rien observer.

Un oiseau mythique protégé depuis 1981

Le martin pêcheur d’Europe est protégé en France depuis un arrêté ministériel datant de 1981. Il est donc interdit de le détruire, l’attraper, de détruire ou altérer son milieu ainsi que de le ramasser même mort. Son plumage est de couleur bleue sur le dos, rousse et blanche sur le ventre. Il peut peser jusque 40 grammes. On l’appelle la flèche bleue car lorsqu’il vole, il est d’un bleu étincelant qui provient des reflets prismatiques de la lumière sur ses plumes.

Il se pose souvent sur les mêmes perchoirs pour attraper ses proies. Il plonge en flèche pour attraper sa proie et ressort aussitôt grâce à l’air emprisonné dans ses plumes. Une fois la proie attrapée, il revient sur une branche pour l’assommer avant de l’avaler ou de la ramener au terrier.

Deux martins pêcheurs photographiés au même moment sur un étang de la Dombes

Lors d’un voyage photo animalière dans la Dombes, la région des mille étangs au nord-est de Lyon, j'ai faitpartie d’un groupe de photographes. Après deux jours de photo en affût flottant sur les étangs, l’un des photographes m'apprend qu’il a vu et réussi à photographier un martin pêcheur. Aussitôt la fièvre s’empare de moi. Serait-ce enfin le bon moment pour réaliser cette image dont j'ai besoin depuis 2 ans ? Gentiment, il accepte de me de me montrer l’endroit. Il sait que pour moi, c’est important. Le lendemain, après consultation auprès des autres photographes, je me retrouve dans l’affût flottant non loin de l’arbre où été vu l’oiseau mythique.

Après 3 heures d’attente, à genoux dans 20 centimètres d’eau, le 500 mm est toujours dirigé vers la fameuse branche. La rotule est fixée. J’ai effectué une mise au point manuelle avec une profondeur de champ suffisante pour n’avoir qu’à déclencher sans attendre l’autofocus. 3 heures, c’est très long sans bouger. Je commence à avoir des crampes mais je ne peux pas bouger car l’apparition peut être très rapide.

Le temps passe et je commence à désespérer. Et si ce n’est pas encore pour cette fois. La malédiction me poursuit. Pourtant hier, il est bien venu. De plus, c’est quasiment l’occasion unique. La lumière n’est pas bonne durant l’après-midi et les prévisions météo annoncent de la pluie pour le lendemain.

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Soudain, j’entends un plouf juste à côté de mon affût. Je regarde par l’entrebâillement avant et je vois un martin pêcheur posé sur une racine. Je tente de bouger doucement ma rotule, j’essaie de faire la mise au point mais il est à moins de 5 mètres. La distance est trop courte pour mon objectif. L’oiseau reste désespérément flou malgré tous mes efforts. Je suis collé dans la vase depuis 3 heures. Impossible de reculer l’affût. Je suis complètement bloqué. Soudain, je le vois s’envoler vers la branche que je visais. Je refais immédiatement la mise au point manuelle. Trop tard, le martin pêcheur plonge. Deux secondes interminables s’écoulent. Je le vois réapparaitre avec un vairon dans son bec. Il le claque sur la branche pour l’assommer. Je déclenche autant que je peux. Juste le temps de cadrer. Le mode rafale crépite. L’excitation est à son comble. Le martin pêcheur s’envole pour apporter la proie à sa progéniture. J’attendrai encore 2 heures mais plus rien ne se passera.

Vers 13 heures, je décide de revenir vers la berge à 300 mètres de l’endroit où je suis. Je suis ankylosé. J’ai vérifié les photos. Elles sont nettes. Je suis heureux.

En allant rechercher Isabelle qui est de l’autre côté de l’étang, je marche d’un pas léger malgré les waders et les 7 kilos de matériel que je transporte. J’ai hâte de lui apprendre la bonne nouvelle. Depuis le temps que j'attends ce moment.

Quand elle sort de l’eau, elle a le sourire béat des sessions photos exceptionnelles. Je lui demande ce qui lui arrive. Elle me regarde avec des yeux pétillants de joie. Elle me dit qu’elle a photographié un martin pêcheur. Je suis certain qu’elle se moque de moi. Elle me montre fièrement l’écran de son boitier. Incroyable ! Effectivement elle a photographié le graal des zones humides. Elle a 15 photos prises de très près. Elles sont superbes. Je n’en reviens pas.

Elle m’explique qu’elle était en train de photographier deux bihoreaux gris quand un martin pêcheur est venu se poser à quelques mètres de l’objectif. Un coup de chance monumental. Je pense qu’il s’agit du même martin pêcheur que j'ai photographié deux fois. Mais il n’en n’est rien. En regardant les photos sur l’ordinateur, on se rend compte que les heures de prise de vues ont les mêmes valeurs. Aucun doute n’est possible. J'ai photographié deux martins pêcheurs mâles sur un même étang. La probabilité que cela se produise était infime. J'ai eu cette chance incroyable.

Martin pêcheur d'Europe avec un vairon dans le bec, posé sur une branche dans un étang de la Dombes.
Martin pêcheur d'Europe avec un vairon dans le bec, posé sur une branche dans un étang de la Dombes.
Martin pêcheur d'Europe posé sur une branche dans un étang de la Dombes.
Martin pêcheur d'Europe posé sur une branche dans un étang de la Dombes.

Le plus difficile reste encore à faire

En repartant vers le gîte qui m'abrite avec les autres photographes, je ne cesse pas de parler de ce que je viens de vivre. Je suis heureux et très ému. Depuis le temps que j'attendais de réaliser ces photos. Maintenant le plus difficile est à faire : réaliser une photo d’un martin pêcheur en Charente-Maritime, ma terre d’adoption en France. Ce cliché est la clé de voûte de l’un de mes projets animaliers dans cette région.

 

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