Photographier le guêpier d'Europe en Charente-Maritime, en France

Pour un projet photographique relatif à la Charente-Maritime et qui aboutira en 2014, j'avais besoin d’une photographie d’un guêpier d’Europe. Je connaissais bien les habitudes de ce bel oiseau très photogénique. Mais entre les connaissances théoriques et le terrain, le fossé est énorme ; comme souvent en photo de nature.

Guêpier d'Europe avec une guêpe dans son bec dans une carrière de sable.
Guêpier d'Europe avec une guêpe dans son bec dans une carrière de sable.

Un oiseau migrateur qui niche dans les berges sableuses

Le guêpier d’Europe (nom scientifique : Merops apiaster) est un oiseau qui se nourrit surtout d’insectes comme les abeilles qui constituent sa principale source de nourriture. Mais il se rassasie aussi de guêpes, de frelons, de mouches, de libellules, etc. Il attrape les insectes en général en vol comme le font les hirondelles.

Pendant la période hivernale européenne, les abeilles d’Europe restent dans leurs ruches, privant ainsi les guêpiers de leur mets favori. Les guêpiers migrent alors vers l’Afrique de l’Ouest. C’est un oiseau migrateur qui peut être photographié en Charente-Maritime à la fin du printemps et pendant l’été.

Habituellement, le guêpier d’Europe creuse son nid qui s’apparente à un terrier dans les berges sablonneuses des cours. Après l’accouplement la femelle va déposer dans le terrier cinq œufs qui seront couvés pendant trois semaines par les deux adultes à tour de rôle. Ensuite, les juvéniles seront nourris pendant quatre semaines avant de prendre leur envol.

Le plus drôle dans le comportement de cet oiseau et j'ai pu le constater est que les juvéniles sont obligés de jeûner pour prendre leur envol. Les adultes ont un poids moyen de 60 grammes pour une envergure de 50 centimètres. Les petits sont tellement nourris et tellement gras qu’ils peuvent atteindre 70 grammes. Ce poids est trop important pour prendre le premier envol. Les parents font alors jeûner les juvéniles pour qu’ils puissent s’envoler. J'ai pu observer et photographier les petits crier pendant des heures à l’entrée du terrier pour quémander de la nourriture. A la fin, le besoin de manger est tel qu’ils s’envolent. C’est un spectacle extraordinaire que je n’oublierai pas.

En Charente-Maritime, les guêpiers d’Europe choisissent la plupart du temps des carrières de sable pour construire leur habitat. Malheureusement pour moi, ces sablières sont la plupart du temps des propriétés privées.

Guêpier d'Europe avec une guêpe dans son bec dans une carrière de sable.
Guêpier d'Europe en train de nourrir les juvéniles dans le terrier.

Le casse-tête des autorisations de photographier

Pour trouver les sablières en Charente-Maritime, mon principal outil fut internet et les logiciels de cartographie. Une fois que j'avais repéré une carrière de sable sur une carte, j'allais la visiter.

Les repérages des cinq premières carrières furent infructueux. Dans les deux premières carrières, je n'ai observé aucun guêpier d’Europe qui nichait. L’accès à la troisième carrière était impossible. Enfin, l’accès à la quatrième m'a été refusé car la carrière était toujours en exploitation. Pour le cinquième site, j'ai essuyé un refus poli car je n'étais qu'un photographe et que je n'étais pas membre d’une association d’observation des oiseaux.

Je commençais à désespérer en me disant que j'avais peut être été ambitieux dans mon projet. Mais, je suis obstiné et persévérant. J'ai continué mes recherches. J'ai localisé une carrière située à deux heures de l’endroit où j'habitais. Cela faisait quatre heures de voiture aller-retour. Qu’à cela ne tienne, j'avais besoin des images. Je suis allé demander l'autorisation à l'exploitant de la carrière. Après lui avoir expliqué le projet, il me donne son accord. Je suis heureux mais le temps presse. Cela fait des années que des guêpiers d'Europe viennent nicher sur son exploitation. Pendant cette période, la carrière est laissée aux oiseaux.

Avec mes jumelles, je repère rapidement deux couples de guêpiers d’Europe volant à la cime des arbres qui arborent la carrière. Il me reste à trouver les nids. Après quelques heures d’attente, tapis dans les hautes herbes à l’abri du regard des oiseaux qui sont très méfiants, je repère les nids. Il ne reste plus qu’à installer les affûts pour réaliser les photos.

La pugnacité finit par payer

Le temps avance vite. Les juvéniles deviennent très grands. Bientôt je ne trouverai plus aucun oiseau dans un nid. La migration vers l’Afrique est pour bientôt. Je me cache derrière de petits arbustes et je scrute le ciel à la recherche de guêpiers d’Europe. Je suis inquiet et stressé car le choix des lieux se réduit drastiquement. Après vingt minutes, j'entends le cri tant attendu. Je les vois voler très haut. Ils sont là. Il faut maintenant attendre que les adultes me montrent le nid.

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Je ne sais pas encore mais les juvéniles sont déjà très grands. Ils sont presque prêts pour le premier envol. Les parents ne les nourrissent quasiment plus. J'attends toute la journée avant d’apercevoir un juvénile qui sort d’un trou pour quémander de la nourriture. Le soleil a tourné et il est mal placé pour réaliser des photos. Je dois revenir le lendemain mais au moins j'ai vu vu mes premiers guêpiers.

La chance me sourit. La météo s’annonce excellente avec beaucoup de soleil. J'arrive tôt. Cette fois, la topologie du site m'oblige à monter les affûts en plein milieu de la carrière. Il est impossible de s’installer sur les bords car un fossé borde la propriété. Les parents ne vont pas se montrer pendant cette première journée. Je ne photographierai que des juvéniles à l’entrée du terrier. Malgré tout, je suis satisfait des images.

Le lendemain, je reviens en espérant cette fois apercevoir les adultes. Mes vœux seront exaucés après une matinée d’attente. Un adulte se pose non loin du nid après une abeille dans le bec. J'ai juste le temps de faire la mise et de déclencher. J'étais concentré sur le terrier.

Je rentre très content de l’heureux épilogue de ma recherche. Mais ma joie est de courte durée. En consultant les prévisions météo, le mauvais temps pluvieux est annoncé pour les quatre prochains. Les oiseaux auront pris leur envol. Je ne pourrai plus les photographier. Tant pis. Je devrai me contenter des photos de la journée.

J'appelle le gestionnaire de la carrière en lui expliquant que je ne viendrai pas cette année. Il me propose alors de le recontacter l’année prochaine pour continuer mes photos. Ce sera un peu tard pour mon projet mais je reviendrai quand même pour réaliser de belles photos naturalistes.

Guêpier d'Europe juvénile dans un terrier dans une carrière de sable.
Guêpier d'Europe juvénile dans un terrier dans une carrière de sable.
Guêpier d'Europe juvénile dans un terrier dans une carrière de sable.
Guêpier d'Europe juvénile dans un terrier dans une carrière de sable.
Affût dans une carrière pour photographier des guêpiers d'Europe en Charente-Maritime.
Affût dans une carrière pour photographier des guêpiers d'Europe en Charente-Maritime.
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Affût dans une carrière pour photographier des guêpiers d'Europe en Charente-Maritime.

La photo animalière est un domaine très difficile

Finalement, ce projet m'a appris à ne jamais s’engager pour des photos animalières tant que je ne les avais pas réalisées. Rien n’est pas plus difficile que la photographie de la nature. Rien n’est prévisible. Tout est aléatoire. Le courage et la pugnacité sont nécessaires mais souvent insuffisants.

 

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Commentaires

Eva
1 année ya
Merci pour ce partage dans notre région nous avons aussi des Guepiers un pur régal pour les yeux .
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Amar Guillen
1 année ya
Bonjour Eva,

je vous remercie pour votre commentaire.

Où photographiez-vous les guêpiers d'Europe? C'est un bel oiseau migrateur qui est très esthétique.
N'hésitez pas à m'envoyer quelques photos par email. C'est toujours un plaisir de regarder de belles photos.
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Jean Pierre
8 années ya
Bonjour,
J'habite à La Rochelle, je suis photographe amateur et j'ai pu, durant 4 ans, photographier des guêpiers, en régions Toulousaine ou j'ai habité jusqu'en novembre 2013.
La colonie revenait tout les ans, près de Villefranche de Lauragais, jusqu'au jour ou le conseil général a eu l'excellente idée de faire élargir le routin qui passait au pied du talus.
ils ne sont plus jamais revenus.
Actuellement, je recherche vivement des endroits de nidification, car la douceur qui s'installe va être propice a leur arrivée, je pense que dans la région de Cadeuil, il doit y avoir des sites possibles,, sont ils accessibles du fait des propriétés des étangs, a voir.
cordialement
JP
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