Les réseaux sociaux font perdre le véritable sens du mot photographie

Photo en noir et blanc d'un geyser dans le Yellowstone en hiver. Photo par Amar Guillen.
Une photo qui se ferait peut-être remarquée sur les réseaux sociaux. Cette photo d'un geyser a été développée de façon très contrastée qui peut attirer l'oeil.

Avec les réseaux sociaux, la photographie devient uniquement informative

Savez-vous que plus de 50% des personnes qui veulent partir en vacances regardent des photos sur les réseaux sociaux pour choisir leur lieu de vacances ou alors pour confirmer leur choix ? Savez-vous que les photos de vacances sont celles qui sont le plus partagées sur ces mêmes réseaux sociaux ?

La plupart des personnes qui prennent des photos ne le font plus pour s'exprimer, traduire des émotions ou transmettre des sentiments.

Elles le font pour informer ou pour montrer qu'elles existent.

C'est le grand changement du paradigme de la photographie. Dans le paragraphe précédent, je vous ai expliqué que photographier c'est dire votre vérité. Avec les réseaux, la photographie devient un moyen d'informer et montrer que nous existons. C'est un changement radical dans la façon de considérer la photographie.

Avec l'utilisation abusive et forcenée de la photographie, les personnes qui photographient n'essaient plus de s'exprimer, mais elles documentent.

Elles relatent des informations sur le monde qui les entoure ou sur elles-mêmes.

L'utilisation intense des réseaux sociaux pousse les gens à documenter et non plus à parler ou à échanger.

Est-ce un bien, est-ce un mal ? Je n'ai pas la réponse à cette question. Le monde évolue sans cesse. La photo aussi. Elle s'adapte au monde moderne.

Mais personnellement, ce n'est pas mon approche photographique. Je ne suis pas concerné. Je suis quelqu'un qui pense sur le long terme. J'aime l'intemporalité. Heureusement que nous sommes tous différents. J'aime ce qui a du sens, ce qui a du corps. J'aime transmettre sous quelque forme que ce soit. Cette manière de photographier pour les réseaux sociaux n'a pas cette dimension de l'intemporalité. C'est ce que je vais vous expliquer.

Avec les réseaux sociaux, la photographie ne s'attache pas au sens photographique

Donner du sens à une photographie, c'est lui donner une signification qu'un être humain peut comprendre, saisir et interpréter.

Une photo qui a du sens permet au regardeur de réfléchir, de penser, de s'évader, de comprendre, d'analyser, de juger. Quand une photo a du sens, un regardeur passe du temps à la regarder. Le sens d'une photo lui donne une direction pour sa compréhension et son analyse.

Quand on donne du sens à une photo, on traduit, une émotion, on transmet un message, on montre ce que l'on trouve beau.

La plupart des photos sur les réseaux sociaux sont informatives. Elles visent à informer sur un moment précis ou sur la personne qui prend une image. Ces photos ont uniquement pour but de tenir au courant des événements.

Elles ne s'attachent pas au sens profond. Elles ne cherchent pas à faire réfléchir, à faire penser ou à provoquer une analyse. Il s'agit juste d'une information.

Avec les réseaux sociaux, la photographie devient la preuve des existences

La plupart des photos publiées sur les réseaux sociaux ont un but. Prouver que l'on existe. Nous le faisons en montrant les événements auxquels nous participons. J'utilise le mot 'nous' de manière volontaire. Il permet d'intégrer tout le monde que ce soit vous ou moi.

Les photos que nous publions sont devenues une preuve factuelle que nous existons, car nous participons à un événement. Nous validons notre vie aux yeux des autres. Nous rendons publics toute notre vie et tous nos actes.

Cette façon de procéder est à mon avis une erreur terrible pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, les autres se fichent éperdument de nous et de ce que nous faisons. Chacun ne pense qu'à soi. Nous pensons toujours à notre petit confort et à nos intérêts. Nous pensons d'abord à nous. Quand il nous reste un peu de temps, nous pensons aux autres. L'être humain est ainsi fait. Si vous étudiez la pyramide de Maslow, vous constaterez que cette vérité, même si elle n'est pas bonne à entendre, est la seule qui prévaut.

Donc en publiant des photos de nous et de notre existence, nous nous faisons plaisir. Nous n'intéressons personne d'autre nous. Les quelques likes que nous glanerons seront obtenus juste pour nous faire plaisir. Ils ne traduisent en rien le fond de la pensée des auteurs.

Ensuite, une autre raison qui me fait dire que ces photos publiées sur les réseaux sociaux ne servent à rien, c'est leur temps de vie très court.

Les gens regardent en moyenne nos photos pendant 2 secondes. Ensuite, ils regardent la photo suivante. Nos photos sont vite oubliées. Ce ne sont que des instantanés de notre vie. Ces photos s'appellent des émographies. Ce mot est a été obtenu avec le début du mot émotion et la fin du mot photographie. Il résume parfaitement cette nouvelle manière de communiquer.

Photographier pour les réseaux sociaux rend les photos banales

Dans le cadre de mon activité de photographe professionnel, je suis souvent des formations de marketing et de développement personnel.

J'ai notamment appris que l'on avait tendance à vouloir copier ou ressembler aux 5 personnes que l'on côtoie le plus. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il faut bien choisir ses amis et son cercle professionnel.

Les réseaux sociaux ne font qu'illustrer ce fait. Quand vous regardez les photos des gens que vous suivez, vous finissez par les copier ou vouloir leur ressembler. Finalement, toutes les photos que ce soit les vôtres ou les autres sont quasiment identiques. L'explication est simple. Vous voulez appartenir au groupe. Nous sommes des animaux sociaux. Nous vivons avec les autres. Nous voulons nous intégrer.

Mais finalement, à force de vouloir faire partie de la tribu, nous perdons notre identité et nos différences. Nous nous complaisons dans la moyenne au lieu de chercher à atteindre l'excellence.

Si nos amis sur les réseaux sociaux nous montrent des preuves de leur existence, nous allons les imiter en nous disant que c'est la manière de faire. Nous procédons beaucoup par mimétisme.

Les réseaux sociaux ont cette faculté et cette puissance à niveler par le bas le niveau photographique, car tout se ressemble.

Les photos deviennent banales.

L'urgence de publier sur les réseaux sociaux rend les photos simplistes

Je ne compte plus les photos publiées sur les réseaux sociaux où des personnes montrent un aéroport, leur billet de train, l'endroit où elles sont assises dans une salle d'attente, le restaurant où elles dînent, le plat qu'elles sont en train de déguster.

Toutes ces photos absolument inutiles, qui n'apportent rien au débat, sont faites dans l'urgence. Il faut publier. Il faut montrer qui on est et ce que l'on fait comme une justification de leur existence.

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Et tous ces actes se font au détriment de la qualité photographique. Les compositions et les cadrages sont inexistants. Que dire du sens des photos qui évoquent le néant, le vide intersidéral.

Il est certain que ces personnes communiquent, elles ont besoin de remplir le vide de leur existence.

Elles ont oublié que la photographie est un moyen d'expression. Quand on s'exprime, on communique. Mais on doit dire quelque chose. Comme je l'ai déjà dit dans un précédent paragraphe, nous assistons à l'émergence d'un nouveau moyen de communication : l'émographie.

Ce qui m'attriste le plus est que ce virus gagne de plus en plus de personnes. Je connais de nombreux photographes professionnels qui en sont atteints.

J'en ai même rencontré un qui m'a gâché une partie d'un voyage parce qu'il n'y avait pas de connexion internet. Il ne pouvait pas poster ses trente photos quotidiennes sur son réseau social préféré.

J'ai même rencontré une photographe professionnelle qui a poussé une colère dont je me souviendrai toujours, car nous ne pouvions pas sortir à cause du mauvais temps. La tempête a duré 2 jouer. Elle n'a pu poster sur les réseaux sociaux pendant 2 jours. Quelle catastrophe ! Le monde ne s'en est toujours pas remis.

Les réseaux sociaux créent un état d'urgence qui lui-même crée des photos simplistes, car elles sont réalisées sans y penser, sans construction, sans leur donner de sens. Elles sont faites juste pour montrer qu'on existe.

La banalisation des photos est le grand danger des réseaux sociaux pour la photo

 

Comment puis-je vous aider à créer des photos?